Le kit de secours : les indispensables à avoir
La plupart des trousses de secours domestiques contiennent au moins un produit périmé, et souvent le plus utile d'entre eux. Le problème n'est presque jamais l'achat de la trousse : c'est l'absence totale de contrôle une fois qu'elle est rangée en haut du placard.
On achète une boîte toute prête, on la pose dans la salle de bains, et on ne l'ouvre plus. Trois ans plus tard, l'antiseptique a viré, les compresses stériles ont pris l'humidité, le sparadrap ne colle plus et le tube de crème pour brûlures a durci. Le jour où quelqu'un se coupe sérieusement, la trousse ne sert à rien. Voici comment la constituer, et surtout comment la maintenir en état.
Pourquoi les trousses toutes prêtes déçoivent
Une trousse vendue en grande surface coûte entre 15 et 30 euros et contient une quarantaine de pièces. Le compte est flatteur, le contenu moins. On y trouve beaucoup de pansements de la même taille, deux ou trois compresses, une paire de ciseaux qui coupe mal, et parfois une couverture de survie. Ce qui manque presque toujours : des gants jetables en quantité, un pansement compressif, du sérum physiologique en unidoses et un antiseptique correct.
Ce n'est pas une raison pour tout construire soi-même. Le meilleur compromis consiste à partir d'une trousse du commerce et à la compléter en pharmacie avec quatre ou cinq articles, pour une quinzaine d'euros supplémentaires. Vous obtenez une trousse qui tient debout, dans un contenant conçu pour, avec des compartiments qui évitent de tout renverser sur le carrelage.
Le contenu de base, à la maison
La trousse domestique se range en hauteur, hors de portée des enfants, dans un endroit sec et à l'abri de la chaleur. La salle de bains est le pire endroit possible : la vapeur des douches abîme les emballages en quelques mois. Un placard de couloir ou le haut d'une armoire de chambre convient beaucoup mieux.
Le noyau dur tient en une dizaine d'articles :
- Des pansements adhésifs de trois tailles différentes, plus des pansements pour ampoules ;
- Des compresses stériles non tissées, en sachets individuels, format 20 x 20 cm et 30 x 30 cm ;
- Un antiseptique en unidoses de chlorhexidine plutôt qu'en flacon, pour éviter le problème de la conservation ;
- Du sérum physiologique en dosettes, pour rincer un oeil ou une plaie souillée ;
- Une bande cohésive de 3 m en largeur 7 cm et une autre en 10 cm ;
- Un rouleau de sparadrap hypoallergénique de 2 cm de large ;
- Une paire de ciseaux à bouts ronds de 14 cm et une pince à échardes ;
- Une boîte de gants jetables en vinyle ou en nitrile, sous conditionnement individuel ;
- Une couverture de survie et un coussin hémostatique d'urgence ;
- Un thermomètre et quelques morceaux de sucre dans une boîte hermétique étiquetée.
Le coussin hémostatique mérite un mot. C'est un pansement compressif épais qui se pose directement sur une plaie qui saigne abondamment et que l'on maintient serré avec une bande. Il coûte moins de dix euros et c'est le seul article de la liste qui peut faire une différence sur une hémorragie. Beaucoup de trousses grand public n'en contiennent pas.
Les numéros, écrits sur papier
Une liste de numéros glissée dans la trousse paraît désuète tant qu'on n'a pas vécu un téléphone déchargé au mauvais moment. Elle sert aussi à quelqu'un d'autre : une baby-sitter, un grand-parent, un voisin appelé en renfort.
- 112 : numéro d'urgence européen, joignable depuis n'importe quel téléphone, même sans carte SIM ;
- 15 : Samu, pour tout ce qui relève du médical ;
- 17 : police et gendarmerie ;
- 18 : sapeurs-pompiers ;
- 114 : numéro d'urgence par SMS et par fax pour les personnes sourdes et malentendantes ;
- 196 : secours en mer, via les CROSS ;
- 191 : urgence aéronautique ;
- Le numéro du centre antipoison de votre région, ainsi que ceux du médecin traitant, de la pharmacie de garde et de deux voisins.
Ajoutez sur la même feuille les traitements en cours de chaque membre du foyer, les allergies connues et les groupes sanguins si vous les connaissez. Un secouriste qui arrive chez vous gagne un temps réel avec ces trois informations.
La trousse de voyage : plus légère, mais pas amputée
En déplacement, la trousse se réduit en volume et change de logique : on emporte ce qui répond à un problème courant loin d'une pharmacie. Le paracétamol, un antidiarrhéique, un médicament contre le mal des transports, une crème solaire, un répulsif anti-moustiques. Ajoutez les compresses, le sparadrap et l'antiseptique en unidoses, plus légers que les flacons.
Les documents comptent autant que les médicaments : carte Vitale, carte européenne d'assurance maladie si vous restez en Europe, carnet de vaccination, ordonnances des traitements en cours. Une ordonnance nominative en poche évite les discussions à la douane pour les médicaments soumis à prescription, et permet de faire renouveler un traitement perdu sur place.
Pour la voiture, la logique diffère encore. La trousse vit dans un habitacle qui monte à 60 degrés en été et descend sous zéro l'hiver, ce qui abîme les médicaments plus vite qu'ailleurs. Limitez-la au matériel : compresses, pansements, sparadrap, antiseptique en unidoses, coussin hémostatique, ciseaux, gants, couverture de survie. Elle se range dans la boîte à gants ou dans le vide-poche de portière, jamais dans le coffre sous les bagages. Si vous partez loin, elle complète utilement le reste des accessoires à emporter en voiture. En France, seuls le gilet et le triangle sont obligatoires ; la trousse de secours l'est en revanche dans plusieurs pays voisins, dont l'Allemagne et l'Autriche, où un contrôle peut donner lieu à une amende.
La trousse pour prendre la mer
La navigation impose son propre matériel, parce que les secours mettent du temps à arriver et que le mal de mer complique tout. La dotation minimale pour une sortie côtière ressemble à ceci : un paquet de cinq compresses de gaze stériles de taille moyenne, de la chlorhexidine en solution locale à 0,05 %, un coussin hémostatique, un rouleau de 4 m de bande auto-adhésive en 10 cm de large, une boîte de pansements adhésifs stériles et étanches en trois tailles, dix paires de gants d'examen non stériles, un rouleau de sparadrap, un flacon de 75 ml de gel hydroalcoolique et une couverture de survie.
Le tout se range dans une boîte étanche, pas dans une trousse en tissu. À bord, tout ce qui n'est pas dans un contenant hermétique finit humide. Ajoutez des cachets contre le mal de mer, à prendre avant l'appareillage et non une fois que les symptômes sont là : passé ce stade, ils ne servent plus.
Savoir s'en servir compte plus que le contenu
Une trousse complète entre les mains de quelqu'un qui n'a jamais posé un pansement compressif ne vaut pas grand-chose. La formation PSC1, prévention et secours civiques de niveau 1, dure sept heures, se déroule sur une journée et coûte entre 60 et 80 euros selon les organismes. Elle couvre l'alerte, l'hémorragie, l'étouffement, la perte de connaissance, l'arrêt cardiaque et l'utilisation d'un défibrillateur. Sur ce point, l'avis est tranché : c'est le meilleur investissement que vous puissiez faire en matière de secours domestique, loin devant n'importe quelle trousse à 80 euros.
Le contenant compte presque autant que le contenu
Deux écoles s'affrontent. La boîte rigide en plastique, avec plateaux amovibles, protège mieux et se pose à plat quand on travaille dessus ; elle encombre en revanche et ne se glisse ni dans un sac à dos ni dans une portière. La trousse souple en nylon, avec ses compartiments à fermeture éclair et ses élastiques, se transporte partout mais écrase son contenu et laisse passer l'humidité.
Le compromis qui fonctionne dans un logement : une boîte rigide comme réserve principale, rangée en hauteur, et une petite trousse souple prête à partir, que l'on regarnit dans la boîte après chaque usage. La réserve contient les quantités, la trousse contient le nécessaire. Cela évite le scénario classique de la trousse de randonnée vidée au printemps et jamais recomplétée.
Étiquetez l'extérieur. Une croix blanche sur fond vert, ou simplement le mot écrit au marqueur, permet à quelqu'un qui ne connaît pas votre logement de trouver la boîte en dix secondes. Le même raisonnement vaut pour l'emplacement : dites-le aux personnes qui vivent ou passent chez vous, plutôt que de compter sur le fait qu'elles chercheront au bon endroit.
Les cas particuliers à anticiper
Si un membre du foyer suit un traitement de fond, une boîte d'avance doit se trouver dans la trousse, avec la posologie écrite. Une personne allergique à un aliment ou aux piqûres d'hyménoptères doit disposer de son stylo auto-injecteur d'adrénaline, et les autres habitants du logement doivent savoir où il se trouve et comment il s'utilise. Un diabétique traité à l'insuline a besoin de sucre rapide accessible dans la même boîte.
Pour les enfants, prévoyez un thermomètre adapté, des pansements de petite taille et du sérum physiologique en quantité. Évitez de stocker des médicaments adultes dans la même trousse : les erreurs de dosage viennent presque toujours de là.

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