Constantine 2 : Keanu Reeves sera de retour
En septembre 2022, Warner Bros. Discovery a validé une suite à Constantine, avec Keanu Reeves dans le rôle et Francis Lawrence à la réalisation. Une annonce de principe : dix-sept ans après le premier film, il n'existait alors ni scénario, ni date, ni casting complet. Voici ce que ce feu vert recouvrait exactement.
Le sujet mérite qu'on distingue deux choses que la presse mélangeait volontiers à l'époque. D'un côté un accord de studio, qui engage un budget de développement. De l'autre un film, qui suppose un script, un plan de tournage et une fenêtre de sortie. À l'automne 2022, seul le premier existait.
Le film de 2005, et le malentendu d'origine
Constantine sort en salles en février 2005. C'est le premier long-métrage de Francis Lawrence, qui venait du clip. Le film adapte Hellblazer, une série de comics publiée sous le label Vertigo de DC, centrée sur John Constantine : occultiste, escroc, exorciste, et surtout fumeur invétéré atteint d'un cancer du poumon en phase terminale.
Le film a fâché une partie des lecteurs pour une raison précise. Dans les comics, Constantine est un Anglais blond de Liverpool, cynique et bavard, qui arpente Londres. À l'écran, il devient un brun taciturne installé à Los Angeles, avec le visage de Keanu Reeves. La transposition a été assumée par le studio, elle reste le premier reproche adressé au film vingt ans plus tard.
Sur le fond, l'intrigue tient : Constantine renvoie en enfer les démons qui franchissent la frontière entre les deux mondes, croise l'inspectrice Angela Dodson venue enquêter sur le suicide de sa soeur jumelle Isabel, et découvre une tentative d'incursion bien plus large. Rachel Weisz joue les deux soeurs, Tilda Swinton campe l'archange Gabriel, Peter Stormare apparaît en Lucifer dans un dernier acte que beaucoup considèrent comme la meilleure scène du film. Shia LaBeouf, Djimon Hounsou et Gavin Rossdale complètent la distribution.
Un succès plus solide qu'on ne le dit
Constantine a rapporté un peu plus de 230 millions de dollars dans le monde, pour un budget de production estimé autour de 100 millions. Le chiffre de 200 millions repris un peu partout est sous-évalué. La carrière du film s'est faite en grande partie hors des États-Unis, ce qui était déjà le cas de beaucoup d'adaptations de comics à cette période.
Le vrai carburant de la suite, ce ne sont pourtant pas ces recettes. C'est la vie du film après les salles : diffusions télé, DVD, puis plateformes, avec un public qui s'est renouvelé toutes les cinq ou six ans. Un film culte finit par valoir plus qu'un succès immédiat, parce qu'il garantit une audience acquise le jour où le studio ressort le personnage.
Qui devait faire quoi sur Constantine 2

L'équipe annoncée en 2022 méritait le détour, à condition de nommer correctement les postes. Akiva Goldsman, scénariste oscarisé pour Un homme d'exception, devait écrire le film. J.J. Abrams et Hannah Minghella, pour Bad Robot, devaient le produire. Abrams est réalisateur et producteur, pas compositeur : il a mis en scène deux épisodes de la trilogie Star Wars la plus récente, la musique de la saga restant l'affaire de John Williams. La confusion revient régulièrement dans les brèves consacrées au projet.
Outre Keanu Reeves, que le grand public associe surtout à John Wick depuis 2014, le retour de Francis Lawrence a été accueilli comme la meilleure nouvelle du dossier.
Francis Lawrence n'est plus le débutant de 2005. Entre-temps, il a réalisé Je suis une légende, puis trois volets de Hunger Games. Sa présence signifiait que la suite ne serait pas confiée à un prestataire interchangeable, et qu'elle chercherait à prolonger l'esthétique du premier film plutôt qu'à la remplacer.
Le pari du R-rated
Le point le plus intéressant de l'annonce ne concernait ni le casting ni le calendrier, mais la classification. Francis Lawrence a expliqué vouloir un vrai film interdit aux moins de dix-sept ans aux États-Unis, ce que le premier n'a pas été par choix.
"Pour le premier Constantine, nous avons suivi les règles de Warner Bros., qui voulait faire un film PG-13, en termes de violence, de sang, de langage, de sexualité. Au bout du compte, le comité qui classe les films a quand même décidé de mettre Constantine en catégorie R, parce qu'ils avaient estimé que le film comportait une grande intensité. Du coup, mon grand regret est que nous avons un film entre les deux. Nous aurions pu vraiment faire un film R, au lieu de faire un film PG-13. Quitte à être classé R, autant faire quelque chose qui mérite d'être classé R."
Traduction concrète : le film de 2005 a payé le prix commercial de la classification la plus restrictive sans en tirer les bénéfices artistiques. Il s'est retrouvé trop dur pour les adolescents et trop sage pour les amateurs d'horreur. Sur ce point, le calcul de 2005 ne tenait pas, et le réalisateur est le premier à le dire.
Un Constantine ouvertement violent aurait aussi rapproché le film de son matériau d'origine. Hellblazer, dans ses meilleures années, tient de l'horreur adulte, avec des histoires de possession, de trafic d'organes et de démons de banlieue anglaise. Rien qui se raconte dans un film tout public.
Le contexte Warner de 2022, qu'il faut avoir en tête
Ce feu vert tombe dans une année agitée pour le studio. La fusion entre WarnerMedia et Discovery, bouclée en avril 2022, s'accompagne d'un plan d'économies qui fait du bruit : des productions déjà tournées sont abandonnées avant leur sortie, des programmes disparaissent du catalogue, et le pôle DC se cherche une direction. Valider une suite dans ce climat n'est pas une décision anodine.
Cela dit quelque chose sur la valeur attribuée au personnage. Un studio qui coupe partout accepte de dépenser sur trois profils : les marques identifiées, les projets peu risqués, et les films portés par une star capable de remplir une salle à elle seule. Constantine cochait la première et la troisième case. La deuxième, avec un scénario à écrire et une classification restrictive assumée, restait vide.
Il faut donc lire l'annonce de septembre 2022 pour ce qu'elle était : un pari sur Keanu Reeves autant que sur John Constantine. L'acteur sortait alors de trois John Wick à succès croissant, et son nom au générique valait garantie d'un premier week-end honorable, y compris pour un film d'horreur adulte.
Une série passée à la trappe
Le feu vert du long-métrage a eu une conséquence directe : le projet de série consacré à Constantine, développé par Bad Robot pour HBO Max, a été mis de côté. Le personnage ne pouvait pas exister simultanément dans deux productions maison sans se marcher dessus.
Restait une inconnue de taille, jamais levée en 2022 : le rattachement du film à l'univers DC en cours de refonte. Selon la réponse, Constantine 2 devenait soit un objet isolé, dans la continuité du film de 2005, soit une pièce d'un ensemble plus vaste avec les contraintes que cela suppose. Suivre les droits d'un personnage de comics tient d'ailleurs de la veille juridique menée avec méthode : des contrats, des options qui expirent, des clauses de renouvellement, et un calendrier qui pèse davantage sur les décisions que les envies des créateurs.
Le casting secondaire, l'autre inconnue
Sur les seconds rôles, rien n'était acté. Un nom revenait quand même : celui de Peter Stormare. L'acteur suédois avait publié sur Instagram, en novembre 2020, un message laissant entendre qu'une suite pouvait se faire. Deux ans avant l'annonce officielle, cela ressemblait moins à une fuite qu'à un signal envoyé par quelqu'un de bien informé.
Son Lucifer, en costume blanc et pieds noircis de goudron, occupe moins de dix minutes à l'écran et reste ce dont les spectateurs se souviennent en premier. Le ramener coûte peu et rapporte beaucoup. La question du retour de Rachel Weisz, elle, n'avait fait l'objet d'aucune déclaration, pas plus que celle de Djimon Hounsou en Papa Midnite, dont le personnage offrait pourtant l'une des rares portes d'entrée vers le versant plus politique des comics. Sur les suites tardives, ce genre de silence dure jusqu'au premier jour de tournage.
Le problème des dix-sept ans
Reste la question que personne n'a vraiment traitée : que fait-on de l'écart entre les deux films ? Keanu Reeves avait quarante ans en 2005, presque soixante au moment de l'annonce. Deux voies s'ouvraient. Ignorer le temps, en filmant un Constantine inchangé, au risque du ridicule. Ou l'intégrer au récit, en faisant de l'usure du personnage le sujet même du film.
La seconde option est la bonne, et le personnage s'y prête mieux que la plupart. Constantine est un homme qui a échangé sa santé contre du temps, qui a repris ses cigarettes après avoir été guéri de force, et qui traîne derrière lui une liste de morts dont il se sait responsable. Le vieillissement n'est pas un obstacle pour ce rôle, c'est une ressource. Matrix Resurrections avait tenté quelque chose d'approchant en décembre 2021, dix-huit ans après Revolutions, avec un accueil partagé.
Un feu vert de studio n'est pas une date de sortie. Le dossier Constantine 2, tel qu'il se présentait à l'automne 2022, réunissait les bonnes personnes autour d'une intention claire, sans une ligne de scénario écrite. C'est mieux qu'une rumeur, et nettement moins qu'un film. Pour le spectateur, la bonne attitude consiste à noter le nom du scénariste, à attendre l'annonce d'une date de tournage, et à ne rien conclure avant.
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