Dramatique incendie dans un immeuble de 14 étages à Valence, en Espagne : le récit d'un désastre immobilier

Le 22 février 2024, un immeuble de quatorze étages du quartier d'El Campanar, à Valence, a brûlé de fond en comble en moins de trente minutes. Ce qui a fait la différence ce jour-là n'est pas le départ de feu, banal, mais la façade, qui a conduit les flammes d'un étage à l'autre comme une mèche.

Le sinistre s'est déclaré vers 17 h 30 dans un appartement du quatrième étage, au numéro 3 de la rue Maestro Rodrigo. À 18 h, les deux tours mitoyennes, l'une de quatorze niveaux, l'autre de dix, étaient attaquées sur toute leur hauteur. Les images retransmises en direct par la télévision espagnole montraient un bâtiment entier transformé en torche, avec des habitants réfugiés sur les balcons côté nord en attendant les échelles.

Un vent de sud-ouest qui a tout accéléré

Les rafales soufflaient à plus de 60 km/h ce jeudi-là sur le littoral valencien. Elles ont poussé les flammes le long de la façade exposée, puis fait entrer le feu par les baies vitrées dès que celles-ci ont éclaté sous la chaleur. Une fleuriste installée en pied d'immeuble décrivait le soir même une propagation « d'un étage tous les deux ou trois minutes ».

Un voisin a comparé la structure à de la paille. L'image est parlante, mais elle vise le mauvais coupable : la charpente était en béton armé, et elle a tenu. Ce sont les panneaux rapportés en surface qui ont brûlé, ainsi que la lame d'air ventilée derrière eux, qui a joué le rôle de cheminée.

Vingt-deux engins, un hôpital de campagne sur le parking

Les pompiers de Valence ont engagé vingt-deux équipes, appuyées par des renforts venus des communes voisines, dont Paterna et Burjassot. Le principal obstacle n'a pas été l'accès mais la hauteur : les grandes échelles plafonnent autour du dixième étage, ce qui laissait les quatre derniers niveaux hors de portée depuis la rue.

Huit unités médicales ont été déployées et un poste de secours avancé installé sur le parking attenant, à moins de cent mètres du pied de la tour. Le bilan communiqué en fin de soirée faisait état de treize blessés, dont six pompiers, tous atteints d'inhalations de fumée ou de brûlures légères.

La réaction des autorités

Le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez a fait part de sa consternation dès le soir même et promis les moyens de l'État central. La maire de Valence, María José Catalá, a demandé aux habitants des autres quartiers de ne pas converger vers El Campanar : les curieux bloquaient l'avenue Pío XII, seul axe permettant aux renforts d'arriver par l'ouest.

Trois jours de deuil ont été décrétés dans la ville. Le gymnase municipal du quartier a été ouvert pour héberger les familles sinistrées, une centaine de personnes s'y sont présentées la première nuit.

Ce que l'affaire dit des immeubles récents

Un bâtiment de 2008 passe pour neuf. Il l'était au regard de la réglementation en vigueur à sa construction, qui n'imposait pas encore les exigences renforcées appliquées depuis aux revêtements de façade des tours d'habitation. Le même débat avait suivi l'incendie de la tour Grenfell à Londres en 2017, avec un mécanisme voisin : un bardage combustible, une lame d'air, et un feu d'appartement qui devient un feu d'immeuble.

La question posée par El Campanar n'est donc pas celle de la vigilance individuelle, invoquée à chaque drame. Elle porte sur le stock : combien de tours construites entre 1995 et 2015 en Espagne comme ailleurs portent le même type d'habillage, et qui paie leur remplacement.

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