La controverse autour du miel ukrainien : une source de tensions pour les agriculteurs

Depuis deux semaines, les agriculteurs français manifestent contre la concurrence déloyale des pays de l'Union européenne, notamment dans le domaine agricole. Un produit en particulier suscite la colère des apiculteurs français : le miel ukrainien. En effet, un camion transportant du miel ukrainien destiné à l'entreprise Famille Michaud Apiculteurs a été intercepté par des apiculteurs lors d'un blocage à Salon-de-Provence.

Un camion de miel ukrainien intercepté à Salon-de-Provence fin janvier 2024, des photos qui tournent, et une colère bien réelle chez les apiculteurs français. Derrière l'image, il y a une arithmétique que personne ne conteste : la France consomme environ 45 000 tonnes de miel par an et n'en produit pas assez pour se nourrir elle-même. Le reste arrive par bateau et par camion.

Le camion visé lors de ce blocage roulait pour Famille Michaud Apiculteurs, l'un des principaux conditionneurs français, installé à Gan dans les Pyrénées-Atlantiques. L'entreprise a répondu que ce miel n'alimentait pas ses produits estampillés Miel de France, et que sa marque Lune de Miel assemble des récoltes françaises et des miels importés de plusieurs pays, dont l'Ukraine. Techniquement, c'est exact. Politiquement, la réponse n'a calmé personne.

Un paradoxe qui explique la colère

Le point qui rend les apiculteurs furieux tient en une phrase : ils ne produisent pas assez pour le marché national, et pourtant ils n'arrivent pas à vendre leurs stocks. La Confédération paysanne pointe le comportement des négociants, qui achètent à bas prix des miels d'Europe de l'Est plutôt que de payer la récolte française à un tarif tenable.

Le raisonnement du consommateur qui accuse les apiculteurs d'être trop chers ne tient pas. Un miel français descend rarement sous une dizaine d'euros le kilo au producteur, quand un miel d'importation en vrac se négocie plusieurs fois moins cher. L'écart vient du coût du travail et des transhumances, pas du savoir-faire.

La consommation recule, et ça change tout

Les ventes de miel ont reculé d'environ 7 % en volume en 2023, le pot cédant du terrain face aux confitures et aux pâtes à tartiner, moins chères au kilo. Un marché qui se contracte pendant qu'un stock s'accumule fait mécaniquement pression sur les prix payés au producteur.

Ce que dit l'étiquette, et ce qu'elle ne dit pas

Depuis le printemps 2022, les pots vendus en France doivent porter les noms des pays d'origine des miels mélangés. Fini le fameux mélange de miels originaires et non originaires de l'Union européenne, formule qui ne renseignait sur rien. La liste apparaît désormais en clair sur l'étiquette.

Ce que la règle ne garantit pas, c'est la proportion de chaque origine. Un pot peut citer trois pays sans indiquer lequel représente 80 % du contenu. Pour qui veut du français, deux mentions restent plus sûres : l'origine unique France, et la vente directe chez un apiculteur, en marché ou à la ferme, où l'on peut demander l'emplacement des ruches.

Les pistes évoquées pour la suite

La direction de Famille Michaud a mis en avant des contrats pluriannuels entre apiculteurs et conditionneurs, sur le modèle de ce qui existe dans le lait. L'idée a un mérite : elle donne au producteur une visibilité sur trois ou quatre saisons, dans un métier où le rendement d'une année dépend de la météo d'avril et de la santé des colonies.

Elle ne règle ni la question du prix plancher ni celle des contrôles aux frontières de l'Union, au coeur des revendications de l'hiver 2024. Le camion de Salon-de-Provence n'était qu'un symbole commode pour un déséquilibre installé de longue date.

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