Les risques à prendre en compte lors d'un voyage en Égypte
En Égypte, le risque qui occupe tous les esprits avant le départ, l'attentat, n'est pas celui qui gâche les séjours. Ce sont la route, le bakchich permanent et la chaleur.
La confusion vient de la carte. On lit « Égypte : zones déconseillées » et on imagine un pays entier sous tension, alors que la recommandation porte sur des marges désertiques où aucun voyageur ne met les pieds : le nord du Sinaï, la bande frontalière avec la Libye, le grand désert occidental, l'extrême sud vers le Soudan. Entre Le Caire, Louxor, Assouan et la mer Rouge, c'est-à-dire l'itinéraire de 95 % des visiteurs, la question n'est pas la même. Elle se joue sur des choses beaucoup plus banales, et beaucoup plus fréquentes.
La carte des zones à ne pas franchir
Le Quai d'Orsay classe une partie du territoire en rouge, formellement déconseillé, et une autre en orange. Les secteurs concernés sont identifiables sans ambiguïté.
- Le nord du Sinaï, où l'armée égyptienne conduit depuis 2013 des opérations contre des groupes armés. La zone est fermée aux étrangers, et aucun voyagiste sérieux ne vous y emmènera.
- La frontière libyenne et l'oasis de Siwa au-delà d'un certain point, pour les mêmes raisons d'instabilité.
- Le désert occidental hors circuit organisé, où l'attaque de 2015 contre un convoi de touristes mexicains, tués par erreur par les forces égyptiennes, a rappelé qu'un véhicule isolé y est vite pris pour autre chose.
- La bande frontalière avec le Soudan, au sud d'Abou Simbel.
Le sud du Sinaï relève d'un régime différent : Charm el-Cheikh et Dahab sont accessibles, très surveillés, et la presqu'île est coupée du nord par des points de contrôle. Le trajet routier entre Charm et Le Caire, en revanche, traverse des secteurs sensibles. L'avion coûte à peine plus cher et règle la question.
Le bakchich, la vraie usure du séjour
Personne ne prévient assez sur ce point : en Égypte, la sollicitation est constante et le refus poli ne suffit pas toujours. Sur le plateau de Gizeh, un homme vous tend un foulard « en cadeau » et réclame de l'argent trente secondes plus tard. Un gardien ouvre une chambre funéraire fermée au public contre un billet. Un chamelier accepte un prix pour l'aller et en invente un autre pour le retour, une fois que vous êtes sur la bête. Ce ne sont pas des faits divers, c'est le quotidien du site.
La parade tient en trois réflexes. Convenir du prix à voix haute avant de monter, de s'asseoir ou d'accepter quoi que ce soit. Ne jamais laisser un objet personnel entre les mains d'un inconnu, y compris un appareil photo qu'on vous propose de tenir. Garder de la petite monnaie séparée du reste, parce que sortir un billet de 200 livres pour un pourboire de 20 relance immédiatement la négociation.
La route tue plus que tout le reste
L'Égypte compte parmi les pays où la mortalité routière rapportée à la population reste très élevée, avec plusieurs milliers de morts par an sur des axes où le marquage au sol tient de la suggestion. La nuit, une part des véhicules roule feux éteints pour « économiser la batterie ». Les bus de nuit entre Hurghada et Louxor doublent dans des conditions qui feraient blêmir n'importe quel gendarme.
Conclusion pratique : on ne loue pas de voiture pour conduire soi-même en Égypte quand on n'y a jamais mis les pieds. On prend un chauffeur, le train de nuit pour Assouan, ou l'avion intérieur. Et on refuse le siège arrière sans ceinture, même si le chauffeur trouve la demande étrange.
Le ventre, la chaleur, le Nil
La tourista touche une large part des visiteurs dans les premiers jours. Eau en bouteille capsulée, y compris pour se brosser les dents, pas de glaçons, pas de crudités lavées à l'eau du robinet, pas de jus pressé dans la rue. Les fruits que l'on épluche soi-même passent sans problème.
L'été, Louxor et Assouan dépassent régulièrement 45 °C à l'ombre en juillet et août. Un coup de chaleur au milieu de la vallée des Rois envoie chaque année des visiteurs à l'hôpital. Visitez avant dix heures, buvez plus que soif, portez un couvre-chef. Le mois de novembre à mars reste la fenêtre confortable, et c'est aussi celle des tarifs hauts.
Qui appeler si ça tourne mal
Sur place, la police se joint au 122, les secours médicaux au 123, les pompiers au 180. Il existe une police touristique, joignable au 126, présente sur les grands sites et souvent plus efficace pour un vol qu'un commissariat de quartier. L'ambassade de France au Caire répond au (+20) 2 35 67 32 00, et le consulat général à Alexandrie dispose d'une ligne d'urgence au (+20) 12 22 10 41 33.
Un mot sur Ariane, souvent présentée à tort comme une application mobile qui enverrait des alertes en temps réel. Ariane est un service d'inscription en ligne du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères : vous y déclarez vos dates et votre itinéraire, et le centre de crise peut vous contacter en cas de problème majeur. C'est utile, mais ce n'est ni une alarme ni un service de géolocalisation. Pour l'information courante, la fiche pays du site diplomatie.gouv.fr reste la source à consulter la veille du départ.
Reste le principal : l'Égypte se visite très bien. Les sites sont gardés, les convois touristiques encadrés, et la grande majorité des séjours se passe sans le moindre incident. Le voyageur qui rentre déçu est presque toujours celui qui n'avait pas anticipé la fatigue, la chaleur et la négociation permanente, pas celui qui a croisé un danger.
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