Qu'est-ce que Hanoucca , la « fête des lumières » juive ?

Un enfant devant une hanoukkia brillant de tous ses feux à Zot Hanoucca (8e jour).

Hanoucca se raconte presque toujours de travers : on confond son chandelier avec la ménorah du Temple, on prend la toupie pour un jouet décoratif et on croit à une fête majeure du calendrier juif. Voici ce que la tradition dit réellement, huit soirs de suite, autour d’une fiole d’huile.

La fête dure huit jours à partir du 25 du mois de Kislev, dans un calendrier lunisolaire qui la fait tomber entre la fin novembre et la fin décembre de notre calendrier. En 2022, elle a commencé le soir du dimanche 18 décembre pour s’achever le soir du lundi 26. Chaque journée juive débutant au coucher du soleil, la première bougie s’allume la veille du premier jour civil annoncé.

Une victoire militaire devenue fête de la lumière

Au deuxième siècle avant notre ère, la Judée est sous domination séleucide. Antiochos IV, dit Épiphane, entreprend d’helléniser la région : il interdit certaines pratiques religieuses juives et fait dédier le Temple de Jérusalem à Zeus Olympien. La révolte part de Modiin, menée par le prêtre Mattathias puis par son fils Judas, surnommé Maccabée, littéralement le marteau.

La reprise et la purification du Temple sont datées de 164 avant notre ère, parfois 165 selon les computations. Le mot Hanoucca signifie d’ailleurs inauguration, ou dédicace : la fête célèbre à l’origine la remise en service de l’autel, pas un miracle.

Les deux livres des Maccabées, conservés dans la Bible grecque et non dans le canon hébraïque, racontent cette révolte avec des détails militaires précis, et ne mentionnent aucun miracle de l’huile. Ils décrivent une fête de huit jours instituée pour rattraper Souccot, qui n’avait pas pu être célébrée pendant les combats.

Le récit de la fiole d’huile apparaît plus tard, dans le Talmud de Babylone. Les vainqueurs ne trouvent qu’une seule fiole d’huile pure scellée, de quoi tenir une journée, et il faut huit jours pour en préparer de nouvelle. L’huile brûle pourtant les huit jours. C’est cette version, spirituelle plutôt que militaire, que les maîtres du judaïsme ont mise en avant, et c’est elle qui a donné à la fête son nom populaire de fête des lumières.

Le rituel du soir, dans le détail

On allume à la tombée de la nuit, souvent près d’une fenêtre ou sur le pas de la porte : la tradition parle de publicité du miracle, l’idée que la lumière soit vue de l’extérieur. Le premier soir, une bougie. Le deuxième, deux. Et ainsi de suite jusqu’à huit.

Deux règles, souvent ignorées, structurent le geste. On dispose les bougies de droite à gauche, dans le sens de la lecture de l’hébreu, mais on allume la plus récente en premier, donc de gauche à droite. Et les lumières de Hanoucca ne servent à rien d’autre : on ne lit pas à leur clarté, on ne s’en sert pas pour allumer une autre bougie, c’est le rôle du chamach. Elles doivent brûler au moins une demi-heure après la nuit tombée.

Deux bénédictions accompagnent l’allumage chaque soir, une troisième, le Chehehiyanou, s’ajoute le premier soir seulement. Puis on chante, en particulier le Maoz Tsour, dont l’air est connu bien au-delà des familles pratiquantes.

Huile d’olive ou bougies

La forme la plus proche du récit reste l’huile d’olive, versée dans de petits godets avec des mèches de coton, comme dans le Temple. Elle demande un peu de méthode : environ un centimètre d’huile suffit à tenir la demi-heure requise, et il faut essuyer les godets chaque soir. Les bougies colorées vendues par boîtes de quarante-quatre, le compte exact pour les huit soirs avec les chamachim, sont l’option majoritaire dans les familles pressées.

Question sécurité, rien d’original mais tout arrive : une hanoukkia se pose sur une surface non inflammable, à l’écart des rideaux, et ne se laisse jamais sans surveillance, surtout avec de jeunes enfants dans la pièce. Les casernes de pompiers israéliennes publient chaque année un rappel à ce sujet à l’approche de la fête.

Souhaiter la fête sans se tromper

« Hanoucca sameah », littéralement joyeuse Hanoucca, convient dans tous les cas. « Hag sameah », bonne fête, fonctionne aussi et vaut pour n’importe quelle fête juive. En yiddish, on entend « a freilichen Chanukah ». Ce qu’il vaut mieux éviter, c’est de traiter la fête comme un équivalent juif de Noël devant quelqu’un qui la pratique : la proximité de dates est un hasard du calendrier, pas une correspondance religieuse.

Sur la transcription, enfin : Hanoucca, Hanouka, Hanoukka, Chanukah, Hanukkah désignent la même fête. L’hébreu commence par une consonne gutturale qui n’existe pas en français, d’où la valse des orthographes. Aucune n’est fautive.

Ce qu’on mange, et pourquoi c’est frit

Le fil conducteur des plats de Hanoucca est l’huile, en mémoire de la fiole. D’où deux classiques.

Les latkes, galettes de pommes de terre râpées avec de l’oignon, un œuf et un peu de farine ou de fécule, frites à la poêle. Le secret tient dans l’essorage : il faut presser les pommes de terre râpées dans un torchon jusqu’à en extraire le maximum d’eau, sinon la galette se délite dans l’huile. On les sert avec de la compote de pommes ou de la crème fraîche épaisse, rarement avec de la confiture de cerises.

Les sufganiyot, beignets levés frits en bain d’huile, fourrés à la confiture de fraise ou de framboise et saupoudrés de sucre glace. En Israël, les boulangeries en écoulent des dizaines de millions pendant la période, avec des versions au chocolat, au caramel ou à la crème vanillée qui n’ont plus grand-chose de traditionnel.

Une précision utile : le cholent, ce ragoût mijoté toute une nuit, n’est pas un plat de Hanoucca. C’est le plat du chabbat, cuit à l’avance parce qu’on n’allume pas de feu ce jour-là. Il peut se retrouver sur la table pendant la fête, comme n’importe quel autre chabbat de l’année, sans rapport avec l’huile.

Chez les familles d’origine ashkénaze, on trouve aussi des beignets au fromage, souvenir d’une autre héroïne du cycle, Judith. Et si vous cherchez à composer un repas moins lourd autour de ces fritures, une entrée légère fait du bien : un velouté de courgettes et de pommes de terre au persil équilibre bien une table qui sent la friture. Pour les grandes tablées de fin décembre, la question des crustacés servis pendant les fêtes se pose différemment dans une maison qui respecte la cacheroute : coquillages et crustacés n’y ont pas leur place, seuls les poissons à écailles et nageoires sont consommés.

Cadeaux : la tradition, c’est l’argent

L’usage ancien n’est pas d’offrir des objets, mais de distribuer aux enfants un peu de monnaie, le gelt en yiddish, souvent lié à l’étude ou remis pendant le jeu de toupie. Les pièces en chocolat enveloppées de papier doré en sont l’écho commercial.

L’habitude d’offrir huit cadeaux, un par soir, s’est répandue au vingtième siècle, principalement aux États-Unis, sous l’influence directe de Noël. Elle n’a rien d’obligatoire et beaucoup de familles s’en tiennent à un présent unique, ou à un don à une association. Si vous cherchez quand même des idées de cadeaux pour les fêtes de fin d’année, les valeurs sûres restent les mêmes : une hanoukkia choisie avec soin et qui durera trente ans, un livre, un jeu de société.

Un mot sur les hanoukkiot elles-mêmes, puisque c’est le cadeau le plus fréquent. Les modèles traditionnels sont en laiton ou en argent, avec des godets pour l’huile d’olive et des mèches, ce qui est la forme la plus fidèle au récit. Les versions à bougies sont plus simples d’entretien. Vérifiez surtout un point : les huit lumières doivent être alignées et à la même hauteur, le chamach seul étant décalé. Une hanoukkia décorative avec des branches en arc, façon chandelier de Noël, ne respecte pas cette règle. Si vous hésitez sur le style, sachez que mélanger le doré et l’argenté sur une table de fête ne choque plus personne.

Hanoucca hors de la maison

Depuis les années 1970, des hanoukkiot géantes sont allumées sur des places publiques, à l’initiative du mouvement Habad-Loubavitch. Paris en a vu au Trocadéro, plusieurs villes françaises en installent devant un hôtel de ville ou dans un centre commercial. L’usage prolonge la logique de la publicité du miracle, et suscite parfois des débats sur la laïcité, tranchés au cas par cas selon que l’installation relève d’une association ou de la commune.

Dans les écoles, la fête tombe presque toujours pendant les vacances de Noël, ce qui la rend peu visible en France, à la différence des États-Unis où le calendrier scolaire la fait souvent coïncider avec les dernières semaines de cours. Les enfants qui la célèbrent rentrent donc rarement en classe avec une toupie dans la poche.

Un détail matériel pour finir : les huit soirs d’allumage supposent d’être chez soi à la tombée de la nuit, soit vers 17 h en décembre sous nos latitudes. C’est la contrainte la plus concrète de la fête pour ceux qui travaillent tard, et la raison pour laquelle beaucoup allument plus tard dans la soirée, ce que la tradition autorise tant que quelqu’un est encore éveillé dans la maison.

Ce que la fête dit de l’hiver

Reste la dimension qui parle à tout le monde, croyant ou non. Une lumière ajoutée chaque soir, dans les semaines les plus courtes de l’année, avec une consigne étrange : ne pas s’en servir. Regarder brûler, une demi-heure, sans utilité. Le judaïsme rabbinique a peu de rituels aussi contemplatifs, et c’est probablement ce qui explique que Hanoucca, fête mineure sur le papier, soit devenue la plus visible depuis la rue.

Voir la video sur YouTube

Résumer cet article avec :

Partager :