Scandale révélé : La vérité sur l'explosion des prix des granulés de bois

Spéculation granulés de bois : la vérité derrière l'explosion des prix

Le sac de 15 kg de granulés est passé de 4 à 15 euros entre l'automne 2021 et novembre 2022, la tonne de 250 à 850 euros. Deux députés ont cherché qui avait empoché la différence : leur rapport, remis fin juin 2023, ne trouve pas de coupable et c'est précisément le problème.

Ce que le rapport parlementaire dit, et ce qu'il ne dit pas

Louise Morel, députée MoDem du Bas-Rhin, et son collègue du Doubs Laurent Croizier ont travaillé plusieurs mois sur la flambée des pellets de bois pendant l'hiver 2022-2023. Leur rapport a été remis fin juin 2023 à la ministre de la Transition énergétique et au ministre délégué chargé de l'Industrie. Sa conclusion tient en trois causes, aucune spectaculaire.

La première est mécanique : le coût de l'énergie a explosé pour tout le monde, et fabriquer du granulé demande beaucoup d'électricité, pour broyer, sécher et compacter la sciure. La deuxième est un accident de production, la filière française ayant tourné en dessous de ses capacités au moment où il aurait fallu faire l'inverse. La troisième est la demande, qui a bondi quand des centaines de milliers de foyers chauffés au gaz ou à l'électricité ont cherché une porte de sortie.

Sur la spéculation, le rapport est plus intéressant par ses réserves que par ses affirmations. Les députés ont recueilli des témoignages de rétention de stocks, gardés pour être revendus plus cher quelques semaines plus tard. Ils écrivent noir sur blanc qu'aucune preuve matérielle n'a pu être réunie pour mesurer l'ampleur de ces pratiques. D'où leur recommandation : saisir l'Autorité de la concurrence, seule à disposer des pouvoirs d'enquête nécessaires.

Une filière trop petite pour absorber le choc

Le mot qui manque au débat public sur ce dossier, c'est celui d'échelle. Le granulé de bois est resté longtemps un marché de niche, alimenté par les résidus de scieries : copeaux et sciure compactés en petits cylindres. Une filière calibrée pour une clientèle stable ne double pas sa production en six mois. Les usines existantes tournaient déjà près de leur maximum, et une nouvelle ligne de production demande deux à trois ans entre la décision et la première palette.

Quand la demande a bondi au printemps 2022, il n'y avait donc aucun tampon. Pas de stock stratégique, pas de capacité dormante, pas de mécanisme de lissage. Le prix a fait tout le travail d'ajustement, comme toujours dans ce cas de figure. Les vendeurs ont rationné, refusé des clients, limité les palettes à deux par foyer. Les files d'attente devant les magasins de bricolage en octobre 2022 sont la traduction visible de cette absence de coussin.

La guerre en Ukraine, déclencheur mais pas explication

L'invasion de février 2022 a joué son rôle. Elle a coupé une partie des flux de granulés venus de Russie, de Biélorussie et d'Ukraine vers l'Europe, et surtout elle a déclenché une ruée dès le mois de mars, plusieurs mois avant la saison de chauffe. Des foyers qui achetaient d'ordinaire deux palettes en septembre en ont commandé quatre au printemps.

S'arrêter là serait pourtant confortable. La hausse des prix du gaz et de l'électricité avait commencé à l'automne 2021, avant le conflit. Les tensions d'approvisionnement en matière première remontaient à la période de crise sanitaire, avec des transports perturbés et des scieries à l'arrêt. La guerre a mis le feu à un tas de bois déjà sec.

Les six mesures proposées pour éviter la prochaine crise

Le rapport ne se contente pas d'un constat. Ses recommandations dessinent une politique industrielle du granulé, ce qui n'existait pas jusque-là. Elles ont un point commun : toutes visent le moyen terme, aucune n'aurait protégé les foyers pendant l'hiver 2022. Le seul dispositif d'urgence de cette période aura été le chèque bois, une aide exceptionnelle de 50 à 200 euros selon les revenus, ouverte fin décembre 2022, arrivée bien après les factures qu'elle devait amortir.

  • Structurer une filière nationale du pellet, avec des interlocuteurs identifiés côté producteurs comme côté pouvoirs publics.
  • Constituer des stocks stratégiques, sur le modèle de ce qui existe pour les carburants, afin d'amortir les à-coups de demande.
  • Financer la recherche sur les essences d'arbres les mieux adaptées à la fabrication de granulés.
  • Créer un label pellets français, pour donner de la visibilité à l'origine et éviter que le prix reste le seul critère.
  • Inscrire le granulé dans la programmation du mix énergétique, au lieu de le traiter comme un combustible d'appoint.
  • Soutenir les scieries et la construction en bois, puisque la sciure est un coproduit : sans scierie active, pas de matière première.

Ce qu'un propriétaire de poêle peut faire de son côté

Les conseils habituels sur les alternatives de chauffage tiennent mal l'épreuve du chiffre. Remplacer un poêle à granulés récent par une pompe à chaleur pour se protéger d'une flambée de prix revient à investir dix à quinze mille euros pour économiser quelques centaines d'euros les mauvaises années. Le calcul ne tient pas, sauf si le changement était déjà prévu.

Trois décisions ont en revanche un effet réel. Acheter hors saison, entre mai et juillet, quand les enseignes déstockent. Passer par un producteur régional, qui facture moins de transport et livre en palette complète. Et disposer d'un appoint qui ne dépend pas du même combustible, un insert à bûches ou un simple radiateur électrique dans la pièce de vie, pour ne pas se retrouver otage d'un seul marché en cas de rupture. C'est moins glorieux qu'un changement de système, et beaucoup plus efficace.

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