Tom Cruise et sa carrière en 5 films

Tom Cruise et sa carrière en 5 films

Tom Cruise a passé quarante ans à refuser les franchises des autres pour en fabriquer une à lui seul. Ni Marvel, ni DC, ni Star Wars : pendant que ses contemporains signaient pour trois films de super-héros, il misait sur Ethan Hunt et sur des cascades qu’il exécute lui-même. En 2022, avec Top Gun : Maverick, le pari a rapporté près d’un milliard et demi de dollars.

Né le 3 juillet 1962, l’acteur avait donc soixante ans l’année où son film a dominé le box-office mondial. Trois nominations aux Oscars derrière lui, aucune statuette de comédien, et une réputation qui tient moins à sa palette de jeu qu’à sa méthode : occuper le plateau, apprendre à piloter, sauter du bon côté du garde-corps. Reprendre sa carrière par cinq films, c’est surtout suivre la trace d’un homme qui a fait du risque physique un argument commercial.

Top Gun : Maverick, la revanche de la salle de cinéma

Le film a d’abord été un pari sur un format. Tourné en 2018 et 2019, il est resté trois ans sur l’étagère pendant la pandémie, et Tom Cruise, producteur, a refusé les offres des plateformes qui voulaient l’acheter pour une sortie directe en streaming. Il a attendu que les salles rouvrent. En mai 2022, elles étaient pleines.

Pete Mitchell y est redevenu instructeur, chargé d’entraîner une promotion de jeunes pilotes pour une mission que personne ne croit possible. La scène qui a fait pleurer les spectateurs de la première heure est celle des retrouvailles avec Iceman, joué par Val Kilmer, à qui un cancer du larynx avait ôté la voix : le scénario intègre ce silence au lieu de le masquer. Le reste, ce sont des acteurs installés dans de vrais F/A-18, filmés avec des caméras fixées dans le cockpit, à des accélérations que la production a fait apprivoiser aux comédiens pendant plusieurs mois.

Rain Man, le film où il accepte de jouer le second rôle

Sorti en 1988, réalisé par Barry Levinson, Rain Man raconte l’histoire de Charlie Babbitt, jeune vendeur de voitures de luxe criblé de dettes, qui apprend à la mort de son père que la fortune familiale, trois millions de dollars, revient à un frère dont il ignorait l’existence. Lui hérite d’une Buick de 1949 et de quelques rosiers. Le frère, Raymond, est autiste et vit en institution.

Charlie enlève à peu près Raymond pour faire pression sur le notaire, et les deux traversent les États-Unis en voiture. Ce road trip d’un bout à l’autre du pays occupe tout le film, et c’est pendant ce trajet que le surnom d’enfance revient : « Rain Man », déformation de Raymond, murmurée par un petit garçon qui ne savait pas prononcer le prénom de son frère.

Pilote de chasse en combinaison devant un avion sur le pont d’un porte-avions
Top Gun : Maverick, sorti en salles en France en mai 2022

Dustin Hoffman a décroché l’Oscar du meilleur acteur, le film a remporté celui du meilleur film. Tom Cruise, lui, n’a pas été nommé, et c’est justement ce qui rend sa prestation intéressante : à vingt-six ans, en pleine ascension après Top Gun et Cocktail, il accepte de tenir le rôle antipathique, celui qui donne la réplique et recule d’un pas.

Mission impossible, la franchise qu’il a montée lui-même

Depuis 1996, Tom Cruise joue Ethan Hunt et produit la série. Le principe qu’il a imposé est inhabituel à Hollywood : changer de réalisateur presque à chaque épisode et laisser chacun imprimer son style. La liste parle d’elle-même.

  • Brian De Palma pour le premier volet, en 1996, avec la scène de l’intrusion suspendue dans la salle blanche de Langley ;
  • John Woo pour le deuxième, en 2000, colombes et ralentis compris ;
  • J. J. Abrams pour le troisième, en 2006, son premier long métrage de cinéma.

Ont suivi Brad Bird, puis Christopher McQuarrie, seul réalisateur à être revenu plusieurs fois. Le vrai matériau publicitaire de la série, ce sont les cascades : l’escalade de la tour Burj Khalifa à Dubaï en 2011, l’acteur accroché à l’extérieur d’un Airbus au décollage en 2015, un saut en parachute à très haute altitude en 2018 et une cheville cassée sur un toit londonien la même année, séquence conservée au montage. Au moment où l’article d’origine a été écrit, en 2022, les septième et huitième volets étaient tournés dos à dos.

Ce que coûte une cascade faite sans doublure

Refuser la doublure n’est pas seulement une posture d’acteur, c’est une ligne budgétaire. Une production qui laisse sa vedette piloter un hélicoptère ou sauter d’un immeuble paie une prime d’assurance sans commune mesure avec celle d’un tournage classique, et accepte qu’une entorse arrête le plateau pendant des semaines. C’est exactement ce qui s’est produit en 2017 à Londres : le saut manqué entre deux toits a immobilisé l’équipe près de trois mois, le temps que la cheville se ressoude.

En contrepartie, la caméra peut rester sur le visage. Un plan large avec un cascadeur casqué se coupe au montage dès qu’on approche, alors qu’un plan continu sur l’acteur suspendu dans le vide se garde en entier. C’est ce que le public paie, et Tom Cruise l’a compris avant beaucoup d’autres : à l’époque où les effets numériques permettaient de tout fabriquer, il a fait le pari inverse et vendu du réel filmé. Les making-of diffusés avant chaque sortie servent d’ailleurs autant de bande-annonce que le film lui-même.

Edge of Tomorrow, le film que personne n’a vu

Sorti en 2014, réalisé par Doug Liman, adapté du roman japonais All You Need Is Kill de Hiroshi Sakurazaka, Edge of Tomorrow est le point aveugle de sa filmographie. Le major William Cage est un officier de communication qui n’a jamais combattu, envoyé au front par punition et tué dans les premières minutes du débarquement. Il se réveille la veille. Il meurt de nouveau. Il recommence, en apprenant à chaque boucle un geste de plus, sous les ordres d’une soldate jouée par Emily Blunt.

Le film a coûté cher et n’a pas trouvé son public en salle, en partie à cause d’un titre changeant selon les pays et les supports. C’est pourtant le rôle où Tom Cruise est le plus drôle, parce qu’il commence en lâche et se fait tuer de façon ridicule pendant vingt minutes avant de devenir compétent.

Minority Report, sa rencontre avec Spielberg

En 2002, Steven Spielberg adapte une nouvelle de Philip K. Dick et confie le rôle principal à Tom Cruise. L’action se situe à Washington en 2054. Une unité dite Précrime arrête les meurtriers avant leur passage à l’acte, grâce à trois êtres humains plongés dans un bassin qui perçoivent les homicides à venir. Le meurtre a disparu de la capitale depuis six ans.

John Anderton dirige cette unité et y croit sans réserve, jusqu’au matin où le système affiche son propre nom comme futur assassin. Il fuit, poursuivi par ses collègues et par un enquêteur fédéral joué par Colin Farrell. Le film vaut aussi pour ses décors : les interfaces gestuelles, les publicités qui reconnaissent les passants par l’iris, les voitures verticales. Vingt ans plus tard, une partie de ces trouvailles ressemble moins à de la science-fiction qu’à un catalogue.

La liste laisse évidemment de côté des rôles que d’autres mettraient en tête : le vétéran paralysé de Né un 4 juillet, l’agent sportif de Jerry Maguire, le gourou de Magnolia, le tueur aux cheveux gris de Collateral. Ce sont ses trois nominations aux Oscars et son meilleur contre-emploi. Mais elles racontent une autre carrière, celle d’un acteur que le métier prenait au sérieux. Les cinq films retenus ici racontent la sienne : celle d’un producteur têtu qui a parié sur le grand écran quand plus personne n’y croyait, et qui a gagné.

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