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Choisir un vin rouge devient simple dès qu'on arrête de chercher un bon vin pour chercher un profil : léger et fruité, souple et rond, ou tannique et structuré. Trois familles, et presque toutes les erreurs d'achat disparaissent.

Le rayon d'un caviste compte facilement trois cents références rouges. Personne ne les goûte toutes, pas même le caviste. Ce qui départage un achat réussi d'une bouteille qui reste au fond du placard, c'est rarement le millésime ou la note d'un guide : c'est l'écart entre ce que vous aimez boire et ce que la bouteille contient. Autant commencer par là.

Trois profils, et comment savoir dans lequel vous êtes

Verre de vin rouge posé près d'une bouteille ouverte sur une table en bois

Le premier profil est léger, peu tannique, très fruité, avec une acidité qui donne envie de reprendre une gorgée. Gamay du Beaujolais, pinot noir de Bourgogne ou d'Alsace, cabernet franc de Loire sur un millésime frais. On les sert autour de 14 ou 15 degrés, parfois rafraîchis, et ils ne fatiguent pas la bouche.

Le deuxième est rond et charnu : merlot dominant sur la rive droite bordelaise, grenache du sud du Rhône, certains malbecs. La sensation est plus enveloppante, le fruit plus mûr, l'alcool plus présent. C'est souvent le profil que préfèrent ceux qui trouvent le vin rouge "râpeux" sans savoir nommer pourquoi.

Le troisième est tannique et bâti pour durer : cabernet sauvignon du Médoc, syrah du nord du Rhône, tannat de Madiran, nebbiolo du Piémont. Ouverts trop jeunes, ces vins assèchent le palais. Attendus cinq à dix ans, ils deviennent tout autre chose. Si vous n'avez ni cave ni patience, ce profil vous décevra presque à coup sûr.

Ce qui compose réellement l'équilibre d'un rouge

On lit régulièrement que le vin repose sur quatre piliers : alcool, sucre, acidité, tanins. Pour un rouge sec, le sucre n'entre presque pas dans l'équation, puisqu'il descend en général sous deux grammes par litre après fermentation. L'équilibre se joue donc à trois : le gras apporté par l'alcool, la fraîcheur apportée par l'acidité, et l'astringence apportée par les tanins, qui viennent des pellicules, des pépins et parfois du bois.

Une chaleur excessive pendant la maturation fait monter l'alcool et chuter l'acidité. C'est pourquoi certains millésimes solaires récents donnent des vins à 15 degrés qui paraissent lourds : le déséquilibre est physique, pas affaire de goût.

Lire une étiquette sans se faire avoir

Quatre mentions renseignent vraiment. L'appellation dit d'où vient le raisin et selon quel cahier des charges. Le millésime dit l'année de récolte, donc le climat. La mention "mis en bouteille au château" ou "au domaine" indique que le producteur a vinifié lui-même, ce qui n'est pas le cas d'un négociant. Le degré alcoolique, enfin, annonce le style : 12,5 degrés et 14,5 degrés ne se boivent pas dans les mêmes circonstances.

Les termes "grande réserve", "cuvée prestige", "sélection de vieilles vignes" ne sont encadrés par rien. Ils décorent le carton. Le classement en grand cru, lui, existe bel et bien, mais il est régional et hétérogène : un grand cru en Bourgogne désigne une parcelle, en Alsace un lieu-dit, à Saint-Émilion un domaine reclassé tous les dix ans. Une loupe et un peu de méfiance valent mieux qu'un mot doré.

Reste le bio et la biodynamie. Le label AB en vin garantit un cahier des charges à la vigne et des limites en cave, notamment sur les sulfites. Il ne garantit aucun goût. Un vin nature mal fait reste un vin mal fait.

Cinq bouteilles sous 20 euros qui tiennent leur promesse

  • Domaine de la Grosse Pierre, Morgon Douby 2019 : gamay du Beaujolais, fruits rouges et fine astringence, à l'aise sur une volaille ou une charcuterie.
  • Domaine de l'Hortus, Bergerie de l'Hortus 2020 : assemblage du Pic Saint-Loup, plus structuré qu'il n'y paraît, à réserver aux grillades plutôt qu'à l'apéritif.
  • Domaine Rière Cadène, J'ai rendez-vous avec vous 2020 : Roussillon chaleureux, à l'aise sur un fromage à pâte pressée ou un agneau.
  • Clos des Papes, Le Petit vin d'Avril : signé par une maison de Châteauneuf-du-Pape mais commercialisé en vin de France, fruité et épicé, sans revendication d'appellation.
  • Clos de los Siete 2016 : assemblage argentin de la vallée d'Uco, dominé par le malbec, puissant et rond, pour les amateurs de matière.

Ces cinq bouteilles couvrent volontairement les trois profils. Si vous ne savez pas dans lequel vous vous situez, achetez-en trois d'un coup, ouvrez-les le même soir avec quelques amis et notez celle qui a été terminée en premier. C'est un test grossier, et il fonctionne mieux que la lecture de vingt fiches de dégustation.

Construire son goût plutôt que collectionner des noms

Étiquettes de bouteilles de vin rouge alignées sur une étagère de cave

La façon la plus rapide de progresser consiste à goûter deux vins côte à côte plutôt qu'un seul. Deux gamays de deux producteurs, ou un pinot bourguignon face à un pinot alsacien : la comparaison rend audible ce qu'une dégustation isolée laisse flou. Notez trois mots par bouteille, pas davantage. Au bout de vingt bouteilles, vos notes dessinent un profil, et vous n'avez plus besoin de guide.

Le reste, les arômes tertiaires, les millésimes de garde, les climats bourguignons, viendra tout seul si le sujet vous retient. Ou pas, et ce n'est pas grave : boire du vin rouge n'exige aucun diplôme.

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