La Thaïlande, nouvelle coqueluche du cinéma mondial
Si la Thaïlande attirait autant de tournages étrangers en 2023, ce n'était pas seulement pour ses plages : le pays remboursait jusqu'à 20 % des dépenses engagées sur place et exonérait d'impôt les acteurs étrangers jusqu'en 2028. Le décor compte, la ligne budgétaire davantage.
En novembre 2023, l'Office du film de Thaïlande, rattaché au ministère du Tourisme et des Sports, présentait sa campagne « Amazing Workation ». Le nom sonne comme une invitation à venir travailler les pieds dans l'eau. Derrière l'emballage, il s'agit d'un dispositif d'incitation financière assez classique, du type de ceux que se disputent la Hongrie, le Maroc ou les Canaries depuis quinze ans.
Ce que contenait vraiment le dispositif
La campagne reposait sur trois volets présentés comme les trois piliers de la production : les incitations, les services et la détente. Le premier est le seul qui pèse dans un plan de financement.
- Un remboursement pouvant atteindre 20 % des dépenses réalisées en Thaïlande par une production étrangère, dans la limite de 150 millions de bahts par projet, soit environ quatre millions d'euros au change de l'époque.
- Une exonération d'impôt sur le revenu pour les acteurs étrangers travaillant dans le pays, ouverte du 2 août 2023 au 1er août 2028.
- Un accompagnement administratif sur les autorisations de tournage, les visas d'équipe et l'accès aux sites protégés.
Le point qui distingue la Thaïlande de ses concurrents asiatiques tient moins au taux qu'à la profondeur du tissu technique local. Studios à Bangkok, chefs opérateurs, machinistes et cascadeurs formés sur des tournages internationaux depuis les années 1990 : une production étrangère y trouve des équipes sans les faire venir, ce qui pèse plus lourd qu'un point de rabais fiscal.
La Thaïlande vue par les réalisateurs français
Le cinéma français y tourne surtout des comédies, avec un usage du décor souvent réduit au cliché de la carte postale. « Pattaya », de Franck Gastambide, sort en 2016 et fait de la station balnéaire son ressort comique. « Les Naufragés », de David Charhon, sort la même année. En 2021, « Les Bodin's en Thaïlande », réalisé par Frédéric Forestier, emmène le duo formé par Vincent Dubois et Jean-Christian Fraiscinet au pays du sourire.
Trois films en cinq ans, tous des comédies populaires : la Thaïlande reste, pour la production française, un décor de dépaysement plus qu'un lieu de fabrication. Les tournages lourds, ceux qui font travailler des centaines de techniciens locaux pendant des mois, viennent d'ailleurs.
Les productions étrangères qui ont fait le volume
La télévision américaine a fourni une bonne part des tournages de 2023. La troisième saison de « The Real Housewives Ultimate Girls Trip » a été tournée à Phuket et diffusée sur Peacock à partir du 23 mars 2023. Les deux derniers épisodes de la vingt-septième saison de « The Bachelor », sur ABC, ont été tournés à Krabi et diffusés le même mois. Ces formats de téléréalité restent quelques semaines, dépensent beaucoup en hôtellerie et en logistique, et n'apparaissent jamais dans les palmarès.
Côté fiction, la comédie d'aventure tchèque « Ostrov » a été tournée presque entièrement à Phuket et Krabi, pour une sortie européenne en février 2023. Le catalogue des films étrangers tournés en Thaïolande donne la mesure de cette accumulation, dominée par des productions asiatiques et européennes de budget moyen.
Ce que le pays cherchait à obtenir
Un tournage étranger laisse sur place des salaires, des nuitées d'hôtel et des locations de matériel. Il produit aussi une image diffusée mondialement, que les offices de tourisme convertissent en visiteurs. La Thaïlande connaît bien ce mécanisme depuis « La Plage » de Danny Boyle, en 2000, dont le tournage à Maya Bay avait dégradé le site au point d'imposer sa fermeture pendant plusieurs années. L'attractivité cinématographique a un coût, et il n'est pas toujours porté par ceux qui l'encaissent.
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