Les grandes figures de la défense estonienne dans l'histoire
Trois défenseurs nés entre 1984 et 1988 ont tenu l'arrière-garde du football estonien pendant près de quinze ans : Ragnar Klavan, Enar Jääger et Taijo Teniste. Voici ce que leurs parcours disent d'un pays de 1,3 million d'habitants.
Précision utile avant d'aller plus loin : il est question ici de football, pas d'histoire militaire. Ceux qu'on appelle les grandes figures de la défense estonienne sont des arrières et des centraux, et leur terrain de jeu commence en 1992, quand l'Estonie redevenue indépendante réinscrit sa sélection dans les compétitions internationales après un demi-siècle d'absence.
Un pays de cette taille ne construit pas une équipe nationale comme les autres. Le championnat local, la Meistriliiga, tourne autour de dix clubs et vit avec des budgets de division amateur ailleurs en Europe. La conséquence est mécanique : le niveau de la sélection dépend presque entièrement du nombre de joueurs qui réussissent à s'exporter, et sur une génération, l'Estonie en a eu une poignée. Les trois dont il est question ici étaient tous des défenseurs.
Ragnar Klavan, le seul Estonien à avoir joué à Liverpool
Né à Viljandi en 1985, Klavan commence à Elva, passe par le club de sa ville natale, le Tulevik Viljandi, puis rejoint le FC Flora Tallinn, le club formateur du pays. Ces noms méritent d'être écrits correctement : on lit souvent Flore pour Flora, ou l'Avenir pour Tulevik, qui signifie effectivement avenir en estonien mais reste un nom propre.
La suite est un itinéraire d'exportation classique vers l'ouest. Les Pays-Bas d'abord, à Heracles Almelo puis à l'AZ Alkmaar, où il s'installe durablement en défense centrale. L'Allemagne ensuite, au FC Augsbourg de 2012 à 2016, quatre saisons en Bundesliga au sein d'un club promu qui se maintient contre toute attente et accroche même une qualification européenne.
Puis Liverpool, à l'été 2016, pour environ quatre millions de livres. Il a presque 31 ans, Jürgen Klopp cherche un défenseur gaucher d'expérience pour la rotation, et le transfert fait la une des journaux estoniens. Deux saisons, une trentaine de matchs toutes compétitions confondues, et un but qui reste dans les mémoires : une tête à la 94e minute à Burnley, le 1er janvier 2018, pour arracher la victoire. Il finit sa carrière européenne à Cagliari, en Serie A, avant de rentrer au pays au Paide Linnameeskond, dont le nom se traduit littéralement par équipe de la ville de Paide.
Enar Jääger, quinze ans de sélection sans interruption
Jääger, né en 1984, est le plus discret des trois et sans doute le plus régulier. Formé au Tervis Pärnu, la ville balnéaire du sud-ouest du pays, il rejoint lui aussi le FC Flora Tallinn au début des années 2000 avant de partir en Norvège.
C'est là qu'il fait toute sa carrière ou presque : Ålesunds FK d'abord, puis Vålerenga à Oslo. Le championnat norvégien n'a pas le prestige de la Bundesliga, mais il offre un cadre stable, un calendrier compatible avec les trêves internationales et un niveau physique exigeant. Jääger y joue en latéral droit comme en défense centrale selon les besoins.
Son fait d'armes tient dans une ligne : de 2002 à 2017, il a été de presque toutes les campagnes de qualification de l'Estonie, dépassant les 120 capes. Quinze ans à ce niveau, sans blessure longue et sans mise à l'écart, dans une sélection qui perd souvent, cela demande une forme de résistance que les statistiques ne montrent pas.
Taijo Teniste, le latéral qui a duré à Bergen
Plus jeune de quatre ans que Jääger, Teniste emprunte le même chemin. Formé en Estonie, il s'impose au Levadia Tallinn, l'autre grand club de la capitale et le rival historique du Flora, avant de rejoindre Sogndal en Norvège au début des années 2010.
Il y reste six saisons, ce qui pour un joueur estonien en Scandinavie est déjà une performance, puis signe au SK Brann de Bergen, un club d'une autre dimension avec un stade plein et une pression réelle. Latéral droit de métier, capable de jouer plus haut, il tient une place de titulaire dans une équipe de haut de tableau norvégien pendant plusieurs années.
Ce que cette génération laisse
Il faut dire les choses telles qu'elles sont : l'Estonie n'a jamais disputé une phase finale de Coupe du monde ni d'Euro, et ces trois joueurs n'ont pas changé cela. Leur meilleur souvenir collectif reste probablement les qualifications pour l'Euro 2012, où la sélection a atteint les barrages avant de tomber contre l'Irlande.
Leur apport se mesure ailleurs. Ils ont prouvé qu'un défenseur formé en Meistriliiga pouvait jouer en Bundesliga et en Premier League, ce qui n'allait pas de soi avant eux, et ils ont fixé un standard de sérieux professionnel pour ceux qui ont suivi. Dans un pays où le hockey sur glace, le ski de fond et le basket se disputent l'attention, c'est déjà beaucoup.
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