Requin aperçu près de la plage du Barcarès
Un aileron à cinquante mètres du bord, un drapeau rouge, une heure de baignade interdite : l'épisode du Barcarès du samedi 22 juillet 2023 se résume à cela, et c'est exactement ce qu'un poste de secours doit faire.
Ce jour-là, sur la longue plage de sable du Barcarès, à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Perpignan, des baigneurs signalent une nageoire dorsale au ras de la surface. Les sauveteurs hissent le drapeau rouge, sortent tout le monde de l'eau et attendent. L'animal repart de lui-même. La baignade rouvre entre 14 heures et 15 heures. Aucun blessé, aucun contact, pas même une approche.
Pourquoi juillet, et pourquoi si près du rivage
Le requin bleu est une espèce du large qui suit les masses d'eau chaude et les bancs de sardines. En début d'été, ces bancs remontent vers la côte, et les femelles gestantes se rapprochent à leur tour des eaux littorales du golfe du Lion et de la côte espagnole. Une apparition à cinquante mètres du bord n'est donc ni un présage ni une anomalie : c'est un animal qui a suivi sa nourriture un peu trop loin et qui repartira dès qu'il en aura fini.
Un détail rarement dit : quand un requin bleu est visible en surface près du rivage, il est souvent en mauvaise posture, désorienté ou affaibli. Plusieurs échouages d'individus épuisés sont relevés chaque été sur les plages catalanes des deux côtés de la frontière.
Les rapprochements qui ne tiennent pas
L'été 2023 avait aligné plusieurs faits divers : une attaque mortelle en Égypte en juin, un requin bleu observé au large d'Alicante, un squale ayant vidé une plage de Floride début juillet. Mettre ces événements sur la même ligne n'a pas de sens. L'attaque égyptienne s'est produite en mer Rouge et impliquait un requin tigre, une espèce absente de Méditerranée et au comportement sans rapport.
Sur la question de fond, celle d'un afflux de requins lié au réchauffement, le biologiste Nicolas Ziani, spécialiste des squales méditerranéens, écarte le lien direct. Les populations méditerranéennes de grands requins ont plutôt chuté au cours du dernier siècle, victimes de la pêche accessoire à la palangre. On voit davantage de requins signalés parce qu'il y a davantage de téléphones et de drones sur les plages, pas parce qu'il y a davantage de requins.
Le Barcarès après l'alerte
La station a retrouvé son rythme dans l'après-midi. Des kilomètres de sable entre l'étang de Salses-Leucate et la mer, le paquebot Lydia échoué sur la plage depuis 1967 en guise de repère, un port de plaisance, des écoles de voile et de kitesurf : l'endroit vit de la baignade et d'une saison qui fait passer sa population de quelques milliers d'habitants à plusieurs dizaines de milliers de vacanciers. Une heure de drapeau rouge s'oublie vite.
Reste la seule statistique qui compte pour un baigneur du golfe du Lion : sur cette côte, la noyade et les courants de retour font chaque été des victimes, le requin aucune. L'aileron du 22 juillet 2023 aura surtout servi d'histoire à raconter en rentrant de vacances.
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