Un tremblement de terre ressenti en Loire-Atlantique

Le tremblement de terre de magnitude entre 5 et 6 en Charente-Maritime ce jour est le plus puissant tremblement de terre depuis 2002 à Hennebont

Deux secousses en douze heures, et quatre magnitudes différentes annoncées pour la même : la séquence sismique des 16 et 17 juin 2023 a surtout montré à quel point les premiers chiffres diffusés lors d'un séisme sont provisoires.

En Loire-Atlantique, où le sol a bougé sans faire de dégât, l'événement a été vécu à travers ces annonces contradictoires autant qu'à travers la vibration elle-même. Reprenons la chronologie, puis les chiffres.

La chronologie des deux secousses

Le vendredi 16 juin 2023 à 18 h 38, une secousse partie de la limite entre la Charente-Maritime et les Deux-Sèvres est ressentie dans une large partie de l'Ouest. À Nantes, Angers, Le Mans, Rennes, La Rochelle, Bordeaux ou Limoges, des habitants signalent des meubles qui vibrent et un bruit sourd de quelques secondes. Les réseaux sociaux s'emballent avant même la première publication officielle.

Le lendemain matin, samedi 17 juin, à 4 h 27, une nouvelle secousse se produit dans le même secteur, d'une magnitude voisine de 5, donc un peu inférieure à celle de la veille. Ce type de réplique est attendu après un séisme de cette taille : la rupture initiale redistribue les contraintes le long de la faille, et le réajustement s'étale sur des jours, parfois des semaines.

Pourquoi les magnitudes annoncées ne concordaient pas

Le Bureau central sismologique français et le Réseau national de surveillance sismique ont mesuré la secousse principale à 5,3, quand le Centre sismologique euro-méditerranéen publiait 5,8. D'autres valeurs, autour de 4,8, ont circulé plus tard. Ces écarts ne traduisent aucune erreur.

Deux raisons se combinent. D'abord le moment du calcul : les premières valeurs sortent d'un traitement automatique, quelques minutes après l'événement, à partir d'un nombre limité de stations. Elles sont ensuite révisées par des analystes qui intègrent l'ensemble du réseau. Ensuite l'échelle employée : la magnitude locale, héritée de l'échelle de Richter, mesure l'amplitude du signal enregistré, tandis que la magnitude de moment estime l'énergie libérée par la rupture. Les deux ne donnent pas le même nombre pour le même séisme, et il est trompeur de les comparer sans le préciser.

Ce que la Loire-Atlantique a réellement vécu

Le département se trouve à plus de cent kilomètres de la zone épicentrale. Les habitants de Nantes, de Saint-Nazaire et du littoral ont senti quelques secondes de vibration, pas davantage. Aucun dommage sérieux n'a été signalé côté Pays de la Loire. Les dégâts, réels, se sont concentrés autour de l'épicentre en Charente-Maritime, avec des maisons fissurées, des cheminées effondrées et une personne blessée.

Cette dissociation entre le ressenti large et le dommage local est la règle pour un séisme continental de magnitude moyenne. La secousse se propage sur des centaines de kilomètres, l'énergie destructrice reste concentrée dans un rayon de quelques dizaines.

Des séismes rares, mais pas inconnus dans l'Ouest

La France métropolitaine enregistre chaque année plusieurs centaines de séismes, dont l'immense majorité passe inaperçue faute d'être assez forte pour être ressentie. Une magnitude supérieure à 5 y reste exceptionnelle, et c'est ce qui a rendu l'épisode de juin 2023 marquant, davantage que son intensité brute.

Le sous-sol de l'Ouest porte des accidents tectoniques anciens, hérités de la formation du Massif armoricain il y a plus de 300 millions d'années. Ces failles ne sont plus actives au sens des zones de subduction, mais elles rejouent occasionnellement, en libérant des contraintes accumulées très lentement. Une partie du littoral atlantique est d'ailleurs classée en aléa sismique modéré dans le zonage réglementaire, ce qui impose des règles de construction parasismique pour le bâti neuf.

Le bon réflexe, si la terre tremble à nouveau, ne change pas : se baisser, se protéger la tête, s'accrocher à un meuble stable et attendre la fin de la secousse à l'intérieur plutôt que de se précipiter dehors, là où tombent les tuiles et les éléments de façade.

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