Comment bien préparer sa croisière en voilier
Une semaine de croisière à la voile se prépare dans un ordre précis : qui tient la barre, où l'on navigue, et à quelle date. Les trois décisions s'enchaînent, et se tromper sur la première fait doubler le budget des deux autres.
La plupart des guides sur le sujet commencent par la liste de valise. C'est l'inverse du bon ordre. Le contenu du sac se déduit de la zone et de la saison, qui se déduisent elles-mêmes du niveau de l'équipage. On commence donc par là, et on garde la check-list pour la fin.
Première décision : avec ou sans skipper
C'est le choix qui structure tout le reste. Un voilier loué en coque nue suppose que quelqu'un à bord sache manœuvrer, mouiller, lire une carte et une météo, et sortir d'un port par vent de travers. Le loueur vous demandera un justificatif : permis, certificat international, ou à défaut un curriculum de navigation détaillé avec les milles parcourus.
En France, naviguer à la voile ne demande pas de permis. Ce n'est pas vrai partout. La Croatie, la Grèce et l'Italie exigent un titre reconnu, souvent accompagné d'un certificat radio VHF pour au moins une personne à bord. Vérifiez la règle du pays avant de réserver, pas au moment de signer le contrat au ponton.
Le skipper coûte cher mais règle plusieurs problèmes d'un coup : la caution, la responsabilité, la connaissance des mouillages, et la possibilité de naviguer par 25 nœuds sans que la semaine tourne au mauvais souvenir. Pour une première fois, l'arbitrage penche nettement de ce côté.
Deuxième décision : la zone, et ce qu'elle impose
Les Caraïbes ont la réputation d'être la destination idéale, et pour un premier séjour, elles le sont assez : alizés réguliers de 15 à 20 nœuds, mouillages proches les uns des autres, eau à 27 degrés. En contrepartie, le billet d'avion pèse lourd et la saison cyclonique court de juin à novembre.
La Méditerranée offre l'inverse : vol court ou trajet en voiture, mais des vents plus capricieux, entre calme plat et coup de mistral à 40 nœuds en 24 heures. Les Cyclades en juillet et août sont un cas à part, le meltem y souffle régulièrement à 30 nœuds et ce n'est pas une zone de découverte. Nous avons détaillé les principaux bassins dans notre article sur le choix d'une croisière en Méditerranée.
Si l'idée est de voir des paysages que personne d'autre ne voit, il existe l'autre extrême, avec des contraintes d'un tout autre ordre en matière d'équipement et de saison : voyez ce que suppose une croisière en Antarctique. Entre les deux, il y a de la place pour beaucoup d'itinéraires, et le tour d'horizon de nos idées de destinations de voyage aide à trancher.
Un point pratique souvent oublié : les formalités d'entrée. Naviguer entre îles d'un même pays ne pose aucun problème, franchir une frontière maritime en demande. Selon la destination, il faut un passeport valide six mois, parfois un visa à demander en amont, comme pour un visa pour le Cameroun. Le skipper ou le loueur fournit les papiers du bateau, pas les vôtres.
Troisième décision : la date
Le prix d'un même voilier varie du simple au double entre mai et août. Une semaine en juin ou en septembre coûte 30 à 40 % de moins qu'en plein mois d'août, avec une eau souvent plus chaude en septembre qu'en juin et des mouillages beaucoup moins encombrés.
Choisir le bateau, à l'intérieur comme à l'extérieur
Vous allez vivre à six ou huit dans 12 mètres pendant une semaine. Le nombre de cabines annoncé ne dit pas grand-chose ; ce qui compte, c'est le nombre de salles d'eau, la hauteur sous barrots, la taille du carré et la présence d'un bimini pour l'ombre. Un monocoque de 45 pieds annoncé pour dix personnes est confortable pour six.
Le catamaran coûte 30 à 50 % plus cher à la semaine et double parfois le prix de la place de port. Il ne gîte pas, offre deux fois plus d'espace de vie et rassure les estomacs fragiles. Pour une famille avec de jeunes enfants, la différence de prix se justifie. Pour deux couples de marins, beaucoup moins.
Regardez aussi l'année de construction et l'état du gréement. Un bateau de plus de dix ans n'est pas disqualifiant, mais il faut vérifier l'électronique, le guindeau et l'annexe. Ceux qui rêvent d'un tout autre standing peuvent aller voir notre top 5 des bateaux de croisière les plus luxueux, qui joue dans une catégorie sans rapport, tout comme les plus grands paquebots du monde.
Sur les unités récentes, la question de l'autonomie électrique se pose sérieusement. Frigo, pilote automatique, instruments et recharge des téléphones vident une batterie de servitude en une journée au mouillage. Les panneaux souples fixés sur le bimini règlent une bonne partie du problème, et le raisonnement est le même qu'à terre : voyez quel type de panneaux solaires choisir selon le rendement recherché.
La check-list, une fois le reste réglé
Elle arrive maintenant, et elle est courte parce que le bateau fournit le gros du matériel. Ce qui manque le plus souvent tient en peu de choses.
- Des chaussures de pont à semelle claire, non marquante, et surtout pas de sandales pour manœuvrer.
- Un sac souple, jamais une valise rigide : il n'y a pas de placard où la ranger.
- Une veste de quart imperméable, même en Méditerranée en août.
- De la crème solaire indice 50 et un chapeau attaché.
- Une trousse à pharmacie avec antiseptique, pansements, anti-nausée et vos ordonnances.
- Un peu d'espèces : beaucoup de petits ports et de tavernes n'acceptent pas la carte.
Sur les vêtements, la règle est celle de la montagne : plusieurs couches fines plutôt qu'un gros pull. La nuit en mer, la température perçue descend de 8 à 10 degrés par rapport à l'après-midi. Le sujet est traité plus en détail pour les gros navires dans notre article sur la façon de s'habiller sur un bateau de croisière, où le dress code du dîner change la donne.
Un mot sur les animaux, puisque la question revient : la plupart des loueurs acceptent un chien moyennant un supplément et une caution majorée. Prévoyez de quoi l'attacher au cockpit, un gilet flottant à sa taille et le trajet jusqu'au port, qui est souvent le moment le plus délicat. Nos accessoires pour transporter un chien en voiture traitent cette partie du voyage.
Vérifiez la check-list la veille du départ, pas le matin même : ce qui manque se trouve encore en ville, jamais au ponton.
Pour ceux qui cherchent encore l'idée du prochain départ, ou qui hésitent entre plusieurs formules d'aventure, notre article sur la recherche d'idées de voyage original donne quelques pistes. Et pour un voyage à deux, la croisière à la voile figure en bonne place parmi les destinations de voyage de noces, à condition d'avoir un skipper : personne n'a envie de gérer une manœuvre de port en tête à tête le troisième jour.
Acheter plutôt que louer
Le calcul devient intéressant à partir de six à huit semaines de navigation par an. En dessous, la location reste plus rationnelle, parce que la propriété se paie surtout en frais fixes : place de port, assurance, carénage annuel, hivernage. Comptez 8 à 12 % du prix d'achat par an pour un bateau de croisière.
L'occasion reste le marché le plus actif, et l'on trouve de tout : des coques à retaper, des unités avec un petit moteur d'appoint, et du haut de gamme peu utilisé. Sur les sites spécialisés dans la vente d'un voilier d'occasion, la fourchette va de quelques milliers d'euros pour un dériveur habitable des années 1980 à plusieurs centaines de milliers pour un 50 pieds récent.
Absence de permis obligatoire ne signifie pas absence de formation. Prenez des cours, ou mieux, embarquez comme équipier sur les convoyages de printemps et d'automne : c'est gratuit ou presque, ça fait des milles au compteur, et on y apprend en trois jours ce qu'un stage en enseigne en une semaine. Les propriétaires eux-mêmes sont souvent les meilleurs professeurs sur leur propre bateau, et il suffit de traîner sur les pontons un samedi matin pour en rencontrer.
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