Chats et chiens : quelles races sont les plus intelligentes ?

Chats et chiens : quelles races sont les plus intelligentes ?

Les classements des races les plus intelligentes reposent presque tous sur un seul livre, publié en 1994, et ce livre ne mesure pas l'intelligence : il mesure l'obéissance de travail. La nuance change tout, y compris le verdict sur le border collie.

L'ouvrage en question est celui du psychologue canadien Stanley Coren, The Intelligence of Dogs. Pour l'établir, il a interrogé près de deux cents juges d'obéissance nord-américains et leur a demandé de classer les races selon deux critères : le nombre de répétitions nécessaires pour assimiler un ordre nouveau, et le taux de réussite au premier commandement. Les races du haut du tableau comprennent un ordre en moins de cinq répétitions et obéissent au premier signal dans plus de 95 % des cas. Celles du bas en demandent plus de quatre-vingts et obéissent trois fois sur dix.

Trois intelligences différentes, une seule mesurée

Coren lui-même distinguait trois choses, et c'est la partie de son travail que les listes recopiées oublient systématiquement. L'intelligence instinctive, d'abord : ce que la race a été sélectionnée pour faire, rassembler un troupeau, rapporter un gibier, garder un enclos. L'intelligence adaptative ensuite : la capacité de l'individu à résoudre un problème nouveau par lui-même, qui varie énormément d'un chien à l'autre au sein d'une même race. L'intelligence de travail et d'obéissance enfin, la seule que le classement chiffre.

Un basenji ou un chien du Groenland obtiennent des scores médiocres au troisième critère et sont pourtant redoutables sur les deux premiers. Ils n'ont simplement pas été façonnés pour attendre l'ordre d'un humain.

Ce que dit la neuroanatomie

Une donnée plus solide vient d'ailleurs. L'équipe de la neuroscientifique Suzana Herculano-Houzel a compté en 2017 les neurones du cortex cérébral de plusieurs carnivores : environ 530 millions chez le chien, contre 250 millions chez le chat. C'est le seul chiffre à peu près sérieux du débat, et il donne l'avantage au chien. Il faut cependant en mesurer la portée : le nombre de neurones corticaux corrèle avec la complexité cognitive, il ne la détermine pas, et l'écart entre races au sein de l'espèce canine n'a rien à voir avec cet ordre de grandeur.

Les races canines en haut du tableau, et ce que ça coûte

Le point que les articles enthousiastes ne disent jamais : un chien très haut placé dans ce classement est un chien difficile à vivre pour un foyer ordinaire.

Border collie

Premier partout, et premier aussi dans les statistiques d'abandon pour troubles du comportement. Sélectionné pendant des siècles pour surveiller un troupeau toute la journée, il a besoin de plusieurs heures d'activité physique et mentale quotidiennes. Privé de travail, il s'invente une occupation : rassembler les enfants, poursuivre les voitures, aboyer sur les ombres, détruire méthodiquement une pièce. Un border collie en appartement sans activité structurée est un mauvais calcul.

Caniche

Deuxième du classement, et grand absent des articles sur le sujet, victime d'une image de chien de salon héritée des toilettages de concours. À l'origine, c'est un chien d'eau, sélectionné pour rapporter le gibier dans les marais. Il apprend vite, retient longtemps, existe en plusieurs tailles et perd peu de poils. Le meilleur rapport qualité-embêtements du haut de tableau.

Berger allemand

Berger allemand adulte au poil noir et fauve, assis de profil

Sa polyvalence explique sa présence dans la police, la douane, le sauvetage et le guidage d'aveugles. Il assimile vite et travaille volontiers pour son maitre. Deux réserves honnêtes : la dysplasie de la hanche reste fréquente dans certaines lignées, et son besoin de mission est tel qu'un berger allemand désoeuvré devient anxieux, parfois réactif. Lui confier la garde des enfants, comme on le lit souvent, n'est pas un rôle à donner à un chien.

Golden retriever et labrador

Les deux races d'assistance par excellence, et ce n'est pas un hasard : elles combinent une bonne mémoire de travail avec une tolérance élevée à la frustration et une faible réactivité. Un chien guide doit rester impassible dans un métro bondé, ce que peu de races supportent.

Berger australien et kelpie

Ces deux races de conduite de troupeau apprennent effectivement vite et anticipent remarquablement les déplacements. Leur absence du haut du classement de Coren tient au faible nombre de juges les ayant évaluées à l'époque, pas à un déficit. Elles partagent le profil du border collie, avec la même exigence d'activité.

Chez le chat, aucun classement ne tient debout

Autant le dire nettement : il n'existe aucune étude comparant les capacités cognitives des races félines. Les palmarès de « chats les plus intelligents » qui circulent reposent sur des impressions d'éleveurs et sur un critère qui n'a rien de cognitif, l'activité. Un chat qui bouge beaucoup, qui grimpe, qui suit son propriétaire de pièce en pièce et qui manipule des objets parait plus malin qu'un chat qui dort seize heures par jour. Il est surtout plus démonstratif.

Les races citées le sont donc pour leur tempérament, et c'est déjà une information utile pour qui choisit un chat.

L'abyssin est un chat athlétique et perpétuellement en mouvement, qui vit en hauteur et observe la maison depuis une étagère. Il apprend volontiers les parcours d'agilité féline et supporte mal l'inactivité. Le balinais, variété à poil long du siamois, commente tout ce qui se passe et réclame de l'interaction ; il apprend le rapport d'objet et la marche en laisse sans difficulté particulière. Le bengal, issu du croisement avec le chat léopard du Bengale, est le plus physique des trois : il ouvre les portes, actionne des interrupteurs, sort les poissons d'un aquarium mal couvert et vide les tiroirs. Ces trois profils ont un point commun, et ce n'est pas l'intelligence : c'est un besoin de stimulation supérieur à la moyenne.

Chien contre chat, une comparaison mal posée

La question de savoir lequel des deux est le plus intelligent revient sans cesse, et elle n'a pas de réponse parce qu'elle est mal formulée. Les deux espèces ont été façonnées par des pressions de sélection opposées. Le chien descend d'un carnivore social, domestiqué il y a au moins quinze mille ans pour coopérer avec l'humain : sa force est la lecture de nos signaux, y compris le doigt pointé, que les chimpanzés ne comprennent pas spontanément. Le chat descend d'un chasseur solitaire domestiqué bien plus tard, autour du Croissant fertile, et n'a jamais été sélectionné pour obéir. Sa force est ailleurs, dans la navigation spatiale, la chasse et l'autonomie.

Tester un chat avec un protocole conçu pour un chien produit donc des résultats médiocres qui ne mesurent qu'une chose : le désintérêt du chat pour l'exercice. Plusieurs chercheurs le reconnaissent ouvertement, les chats sont difficiles à étudier en laboratoire parce qu'ils refusent de participer.

Pour un chat, le raisonnement est identique. Un bengal dans un studio sans arbre à chat ni jeux d'occupation développera des comportements de compensation, griffades et vocalises nocturnes. Si votre animal s'agite le soir sans raison apparente, la réponse tient souvent à un manque de stimulation dans la journée, et les méthodes pour calmer un chat trop actif commencent presque toujours par là.

Reste enfin l'inverse du sujet, tout aussi utile à connaitre avant d'adopter : certaines races se conseillent mal aux foyers avec de jeunes enfants, et là encore le motif n'est jamais l'intelligence, mais le gabarit, l'énergie et le seuil de tolérance de l'animal.

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