Pourquoi Francfort est-elle la destination idéale pour tous les aventuriers urbains?

Francfort tient dans un week-end sans qu'on ait besoin d'une voiture, et c'est précisément ce qui en fait un terrain de jeu urbain redoutable : douze kilomètres de gratte-ciel, de quais et de quartiers turcs, italiens et coréens qui se traversent à pied ou en dix minutes de S-Bahn.

La ville souffre pourtant d'une réputation tenace : celle d'un guichet de banque géant où l'on change d'avion sans sortir de l'aéroport. Cette réputation est fausse, mais elle a un mérite. Elle tient à l'écart les cars de touristes, et laisse la ville aux gens qui aiment marcher, se perdre et pousser des portes.

Deux mille ans, vraiment ? La mise au point historique

On lit partout que Francfort a été fondée il y a plus de 2 000 ans. C'est arrondi avec générosité. Les Romains ont bien installé un poste militaire sur la colline de la cathédrale, le Domhügel, au premier siècle de notre ère, et les fouilles sous la Schirn en montrent encore les fondations. Mais la ville comme entité nommée apparaît en 794, dans un acte de Charlemagne qui parle de Franconofurd, le gué des Francs. Cela fait un peu plus de 1 200 ans, ce qui suffit largement.

Ce détail a une conséquence concrète pour le visiteur : contrairement à Cologne ou Trèves, Francfort ne se visite pas pour ses ruines. Elle se visite pour ses couches successives, et surtout pour la manière dont elle a reconstruit ce que les bombardements de mars 1944 ont rayé de la carte.

La Neue Altstadt, un centre historique de 2018

Entre le Römer et la cathédrale Saint-Barthélemy, trente-cinq maisons à colombages ont été rebâties et inaugurées en 2018, quinze d'entre elles à l'identique d'après les plans d'avant-guerre, les autres en réinterprétation contemporaine. Le chantier a coûté environ 200 millions d'euros et a fait couler beaucoup d'encre en Allemagne : reconstruction assumée ou décor de carte postale ?

Allez-y et jugez par vous-même, de préférence tôt le matin quand la place du Römerberg est vide. La question vaut la promenade. Juste à côté, la tour de la cathédrale se monte par 328 marches pour 3 euros, et depuis le sommet on comprend d'un coup la géographie de la ville : le Main qui la coupe en deux, la skyline au nord-ouest, les toits bas de Sachsenhausen en face.

Le Museumsufer, quinze musées sur un kilomètre de quai

C'est l'idée urbanistique la plus intelligente de la ville. Sur la rive sud du Main, le long du Schaumainkai, une enfilade de villas du 19e siècle a été convertie en musées entre les années 1980 et 1990. Le Städel Museum en est la pièce maîtresse, avec sept siècles de peinture européenne et une extension souterraine sous le jardin, éclairée par des hublots ronds affleurant la pelouse.

À quelques centaines de mètres, le Deutsches Filmmuseum, le musée d'architecture DAM et le Museum Angewandte Kunst se suivent. La carte Museumsufer Ticket donne accès à l'ensemble sur deux jours. Le dernier week-end d'août, la Museumsuferfest transforme les deux rives en fête populaire : c'est l'un des plus gros rassemblements urbains d'Allemagne, avec près de deux millions de visiteurs.

Les quartiers où il se passe quelque chose

Sachsenhausen, au sud du fleuve, concentre les tavernes à cidre. Le Nordend, plus au nord, aligne les cafés et les immeubles bourgeois du début du siècle, sans gratte-ciel, avec le parc Günthersburgpark en bout de rue.

Mais le quartier qui raconte le mieux Francfort d'aujourd'hui, c'est le Bahnhofsviertel, juste derrière la gare centrale. Sur trois rues, on passe des sex-shops aux torréfacteurs de spécialité, des restaurants érythréens aux bars à cocktails, des grossistes turcs aux galeries. Rien n'y est aseptisé. C'est le quartier le plus contrasté de la ville et le plus honnête sur ce qu'est une métropole où près d'un habitant sur deux a une histoire familiale hors d'Allemagne.

Plus à l'est, l'Ostend et la Hanauer Landstrasse offrent l'autre visage : anciennes halles industrielles, immeuble de la Banque centrale européenne inauguré en 2015 sur le site de l'ancien marché de gros, et clubs installés dans des hangars.

Manger et boire à Francfort, sans les contresens habituels

Commençons par corriger une confusion qu'on lit constamment. L'Ebbelwei et l'Apfelwein sont exactement la même boisson : un cidre sec, entre 5 et 7 degrés, Apfelwein en allemand standard, Ebbelwei ou Ebbelwoi en dialecte hessois. Ce n'est pas une bière, il n'y a ni houblon ni malt dedans. On le sert dans une cruche en grès bleu et gris, le Bembel, et dans un verre à losanges, le Geripptes. Coupé d'eau gazeuse, il devient un sauergespritzter.

Côté assiette, quatre choses valent le détour. La Grüne Sosse, sept herbes fraîches obligatoires mélangées à du fromage blanc et de la crème, servie avec des pommes de terre et des œufs durs : c'est le plat identitaire de la ville, on lui a même consacré un festival. Le Handkäs mit Musik, un fromage aigre translucide mariné dans l'oignon et le vinaigre, à réserver aux curieux. Le Rippchen mit Kraut, une côte de porc saumurée puis pochée, servie sur la choucroute. Et les Frankfurter Würstchen, saucisses de porc échaudées, protégées par une indication géographique, vendues par paires avec du pain et de la moutarde.

En dessert, le Frankfurter Kranz est un gâteau en couronne fait de génoise, de crème au beurre, de confiture de groseilles et d'un croquant de noisettes caramélisées, le Krokant, qui le recouvre entièrement. Les Bethmännchen, petits massepains coiffés de trois demi-amandes, sont une spécialité de Noël qui doit son nom à la famille de banquiers Bethmann.

Le vert qu'on ne soupçonne pas derrière les tours

Francfort est ceinturée par un anneau forestier, le GrünGürtel, qui couvre environ un tiers de la superficie communale. La forêt municipale au sud, le Stadtwald, est l'une des plus grandes forêts urbaines d'Allemagne et commence à vingt minutes de tram du centre. On y court, on y pique-nique, et on y croise des habitants bien plus que des touristes.

Plus central, le Palmengarten aligne serres tropicales et jardins thématiques sur 22 hectares, avec un billet à une petite dizaine d'euros. Juste à côté, le Grüneburgpark est gratuit et sert de salon en plein air aux étudiants du campus Westend, installé dans l'ancien bâtiment IG Farben, un immeuble de 1930 qui vaut à lui seul le détour pour ses ascenseurs paternoster.

Vingt-quatre heures qui tiennent debout

Si vous n'avez qu'une journée, l'itinéraire le plus efficace commence par la tour de la cathédrale au petit matin, enchaîne sur la Neue Altstadt et le Römerberg, traverse le Main par l'Eiserner Steg, la passerelle piétonne de 1868, et vous dépose directement sur le Museumsufer.

Déjeunez a Sachsenhausen, consacrez l'après-midi au Städel, remontez vers le Bahnhofsviertel en fin de journée pour l'ambiance de rue, puis montez au Main Tower à l'heure bleue. Le soir, une taverne à cidre, un Bembel partage et l'affaire est entendue. Le tout se fait à pied, avec un seul trajet de S-Bahn si vos jambes lâchent.

La nuit, entre Alt-Sachsenhausen et les hangars de l'est

Alt-Sachsenhausen, le noyau de ruelles derrière l'Affentorplatz, est la version bruyante et assumée : tavernes à cidre, bars serrés, sortie de bureau qui dégénère le jeudi. On y va pour l'ambiance, pas pour la finesse.

Les nuits sérieuses se jouent ailleurs. Francfort a une vraie tradition techno, née dans les années 1990 autour de labels locaux, et elle se prolonge dans les clubs installés le long de la Hanauer Landstrasse et dans les friches de l'ouest, du côté de Gutleutviertel. Les portes sont sélectives, les nuits longues, et le premier S-Bahn du matin ramène tout le monde à la gare centrale.

Un détail qui change tout pour l'explorateur nocturne : le métro et les trams roulent toute la nuit le vendredi et le samedi. Vous pouvez donc rentrer d'un bar à trois heures du matin sans taxi, ce qui n'est pas donné à toutes les villes allemandes.

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