Comment trouver une croisière du tour du monde pour célibataire ?

croisière du tour du monde pour célibataire

Sur un tour du monde en paquebot, le voyageur seul paie couramment 175 à 200 % du tarif par personne. Sur un voyage à 20 000 euros, cela représente 15 000 à 20 000 euros de plus que la moitié d'une cabine double, et c'est ce chiffre, pas la destination, qui décide si le projet tient debout.

Ce supplément porte un nom dans le métier : le single supplement. Il existe parce qu'une cabine vide rapporte zéro, et qu'une cabine occupée par une personne rapporte la moitié des dépenses de bord d'une cabine double. La bonne nouvelle, c'est qu'il se contourne, de trois ou quatre façons précises. La mauvaise, c'est qu'aucune ne s'improvise trois mois avant le départ.

Les trois façons de ne pas payer le plein tarif

La première, la plus efficace, consiste à choisir un navire équipé de cabines individuelles conçues comme telles. Norwegian Cruise Line a ouvert la voie en 2010 avec ses studios de 9 à 11 mètres carrés, vendus sans supplément, accompagnés d'un salon réservé aux occupants. Cunard a ajouté des cabines individuelles au Queen Mary 2 lors de sa refonte de 2016. Costa, Holland America et P&O en proposent également sur certains navires. Ces cabines sont peu nombreuses, souvent une quinzaine par bateau, et partent les premières.

La deuxième consiste à profiter des campagnes de suppression du supplément. Les compagnies les déclenchent quand un départ se remplit mal, en général entre 90 et 120 jours avant l'appareillage, et le supplément tombe alors à 25 % ou disparaît. Cette stratégie demande une disponibilité totale sur les dates.

La troisième, moins connue, passe par les programmes de partage de cabine. Quelques compagnies et plusieurs agences spécialisées apparient deux voyageurs du même sexe qui ne se connaissent pas. Vous payez le tarif par personne en occupation double, et vous partagez une cabine avec un inconnu pendant quatre mois. Ce n'est pas pour tout le monde, et il faut le savoir avant de signer.

Ce qu'un tour du monde en paquebot contient vraiment

Le format s'est stabilisé : départ en janvier, retour en avril ou mai, itinéraire d'ouest en est ou l'inverse, 30 à 45 escales, deux passages de canal, Panama et Suez, quelques traversées océaniques de cinq à sept jours sans terre en vue.

Le prix inclut la cabine, la pension complète, les spectacles et l'usage des espaces communs. Il n'inclut ni les boissons, ni les excursions, ni les pourboires. Sur 120 jours, ces trois postes ajoutent facilement 6 000 à 10 000 euros. Une excursion coûte 60 à 150 euros, et sur quarante escales, le calcul est vite fait.

Le vrai avantage financier du format n'est pas là où on le dit. Un tour du monde ne coûte pas moins cher que la même durée en billets d'avion et en hôtels : à 150 euros par jour tout compris, il se situe dans la moyenne haute du voyage au long cours. Il coûte moins cher en fatigue et en logistique, parce que vous défaites vos valises une fois pour quatre mois. C'est ce qu'on achète, et c'est déjà beaucoup.

Les compagnies qui opèrent ce format sont peu nombreuses : Cunard, Costa, Holland America, Princess, Oceania, Viking, Regent, quelques autres. Les grands noms des Caraïbes, Carnival ou Royal Caribbean, n'en font pas ou plus. Pour comparer, un panorama des plus grands paquebots du monde montre bien que la taille et la vocation mondiale ne vont pas ensemble : les navires de tour du monde sont plutôt des unités de 1 200 à 2 600 passagers, plus proches des bateaux de croisière les plus luxueux que des géants des Caraïbes.

Passagère seule accoudée au bastingage d'un paquebot en pleine mer

Par où commencer la recherche

On ne sait pas toujours par où commencer face à ce type de projet, et l'ordre des questions compte. Le voici, dans l'ordre qui fait gagner du temps.

  1. Combien de temps pouvez-vous partir ? Quatre mois consécutifs excluent la plupart des situations professionnelles. Les segments de 30 à 45 jours, vendus séparément sur le même navire, résolvent souvent le problème.
  2. Quel est votre plafond, supplément single inclus ? Écrivez-le avant de regarder la moindre brochure.
  3. Quels navires proposent des cabines solo sur le départ visé ? Cette liste est courte, elle se boucle en une heure.
  4. Quelle ambiance de bord ? La moyenne d'âge sur un tour du monde tourne autour de 65 à 72 ans selon les compagnies. C'est une donnée, pas un jugement, et elle change tout pour un passager de 40 ans.

Sur les critères de comparaison entre compagnies, la logique ne diffère pas de celle qu'on applique pour choisir une croisière en Méditerranée ou pour retenir une compagnie comme Ponant : la taille du navire, le ratio équipage-passagers et la politique tarifaire pour les voyageurs seuls. Les codes vestimentaires à bord d'un paquebot méritent aussi un coup d'oeil, parce que sur ce format, les soirées de gala sont nombreuses et les tenues formelles réellement attendues.

Voyager seul ne veut pas dire voyager isolé

Sur un navire, le solo n'a pas besoin de faire d'efforts : la structure sociale existe déjà. Tables partagées au dîner, rencontres organisées pour les voyageurs seuls dès le premier soir, cours de danse, conférences, ateliers. Sur un voyage de 120 jours, les groupes se forment en une semaine et tiennent jusqu'à l'arrivée.

C'est le format de voyage le plus facile pour quelqu'un qui appréhende de partir seul. La solitude qu'on redoute avant le départ se transforme souvent en son contraire : à mi-parcours, beaucoup de passagers cherchent des moments où personne ne leur parle. Les conseils habituels pour partir seul en voyage valent, avec cette nuance.

Faut-il en attendre des rencontres amoureuses ? Soyons honnête : c'est possible, ce n'est pas ce pour quoi ces voyages sont conçus, et la démographie de bord ne ressemble pas à celle d'un site de rencontre en ligne. Les croisières estampillées célibataires existent, mais elles durent une semaine et naviguent dans les Caraïbes ou en Méditerranée, pas autour du monde. Ce qui se noue sur un tour du monde relève plutôt de l'amitié durable, comme quand on cherche à rencontrer de nouvelles personnes après 40 ans : par la répétition et le temps partagé, pas par l'événement.

Les escales, et ce qu'on en fait quand on est seul

Un tour du monde classique touche la Méditerranée, le canal de Suez, l'Inde, l'Asie du Sud-Est, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, les îles du Pacifique, l'Amérique du Sud ou l'Amérique centrale. Un panorama des meilleures destinations de croisière donne une idée du menu, mais l'itinéraire réel dépend surtout des conditions géopolitiques de l'année : la mer Rouge, par exemple, a été contournée par le cap de Bonne-Espérance sur plusieurs programmes récents, ce qui allonge le voyage et supprime des escales.

Les excursions du bord coûtent cher et rassurent. Sur les escales urbaines simples, Sydney, Singapour, Lisbonne, elles sont superflues. Sur les escales à transfert long ou à risque logistique, elles se justifient : le navire attend les groupes du bord, pas les passagers indépendants. Un retard de deux heures dans un port indien peut vous laisser à quai.

Beaucoup de voyageurs seuls s'organisent en petits groupes de trois ou quatre pour partager un taxi à la journée. C'est la méthode la plus économique et la plus souple, et elle se met en place dès la première semaine, sur les forums de la compagnie avant même le départ.

Le budget complet, en euros

Reprenons ligne par ligne pour un tour du monde de 115 jours, cabine intérieure, voyageur seul, sur une compagnie de milieu de gamme.

  1. Croisière en cabine solo dédiée : 22 000 euros.
  2. Pourboires automatiques, 15 euros par jour : 1 725 euros.
  3. Excursions, une escale sur deux à 90 euros : environ 1 800 euros.
  4. Boissons sans forfait : 1 500 à 3 000 euros.
  5. Vols aller-retour si l'embarquement n'est pas en Europe : 1 000 à 2 000 euros.
  6. Assurance annulation et santé longue durée : 800 à 1 500 euros.
  7. Blanchisserie, wifi, dépenses diverses : 1 200 euros.

Total réaliste : 30 000 à 33 000 euros. Avec supplément single classique et cabine balcon, on dépasse 60 000. Pour un budget plus modeste, mieux vaut viser un segment de 40 jours, ou regarder du côté des croisières fluviales sur le Danube, où le supplément individuel reste plus doux et la durée plus raisonnable. Les mêmes arbitrages que pour un voyage à petit prix s'appliquent : la durée et la saison avant le confort.

Un mot sur l'idée reçue selon laquelle ces voyages seraient bon marché. Rapporté au jour, un tour du monde en paquebot coûte deux à trois fois ce que coûte un tour du monde en sac à dos, et environ ce que coûte un voyage organisé en hôtels trois étoiles. Ceux qui affirment le contraire comparent le tarif de la cabine avec le prix de vingt billets d'avion, en oubliant les quatre mois d'hôtel et de restaurant qui vont avec. Le raisonnement inverse, qui consiste à ne comparer que le prix affiché, est tout aussi faux. La recherche du meilleur tarif de croisière passe par le coût complet, pas par la ligne d'appel.

Ce qui se prépare avant, et qui compte plus qu'on ne croit

Quatre mois hors de chez soi, cela ne se règle pas en une semaine. Passeport valide au moins six mois après le retour, avec assez de pages libres : certains itinéraires exigent une dizaine de tampons. Visas obtenus à l'avance pour l'Inde, l'Australie et parfois la Chine, même si la compagnie transmet les instructions en amont. Une escale non préparée, c'est une journée à bord pendant que les autres descendent.

Côté santé, les obligations vaccinales liées à la crise sanitaire de 2020 et 2021 ont été levées par la plupart des compagnies au cours de 2023. Restent les vaccins classiques selon les destinations, fièvre jaune pour certaines escales sud-américaines, et un stock de traitements personnels pour toute la durée : les pharmacies de bord ne délivrent pas d'ordonnances françaises.

L'assurance mérite qu'on s'y arrête. Une police de voyage standard couvre 90 jours, rarement plus. Il faut une formule longue durée, avec rapatriement depuis n'importe quel point du globe et plafond de frais médicaux élevé. Prenez le temps de bien choisir votre assurance de voyage et lisez les exclusions, en particulier celles qui portent sur les maladies préexistantes.

Le mal de mer, enfin. Sur les traversées océaniques, la houle dure parfois trois jours. Les patchs et les traitements prescrits par un médecin fonctionnent, à condition d'être pris avant les premiers symptômes. Une cabine au milieu du navire, sur un pont bas, réduit nettement le roulis ressenti.

Si vous êtes propriétaire d'un bien loué, la question de l'assurance propriétaire non occupant se pose avant le départ. Et si un proche âgé reste seul, il vaut mieux choisir une téléassistance avant l'embarquement que depuis un pont au large de Manille. Le suivi administratif se gère très bien à distance dès lors que tout est numérisé, ce que savent faire les agences web qui hébergent vos espaces en ligne.

Présentation de la vidéo : le Costa Deliziosa, mis en service en 2010, a été conçu autour d'une expérience sensorielle, avec cinq restaurants, plus de dix bars, le Samsara Spa, un théâtre sur trois étages, un cinéma en relief, un casino, trois piscines dont une couverte, une piste de jogging et un simulateur de Formule 1. Ce navire de Costa Croisières est resté dans les mémoires pour son tour du monde parti en janvier 2020 : privé d'escales par la fermeture des ports, il a navigué plus de deux mois sans débarquer personne avant de rejoindre Gênes en avril.

Voir la video sur YouTube

La vie quotidienne à bord sur quatre mois

Une chose que les brochures ne décrivent jamais : la routine. Sur 115 jours, le navire devient un immeuble flottant avec ses habitudes, ses horaires et ses conflits de voisinage. Le petit déjeuner à la même table, la marche de trois tours de pont avant la chaleur, la conférence de 11 h, la sieste, le dîner à 19 h 30. Les passagers qui tiennent le mieux sont ceux qui se fabriquent un emploi du temps dès la première semaine.

La blanchisserie devient un sujet. Certaines compagnies incluent le service sur les tours du monde, d'autres facturent 3 à 5 euros la pièce, ce qui représente plusieurs centaines d'euros sur la durée. Les laveries en libre-service, quand elles existent, sont saturées les jours de mer.

La connexion internet aussi. Le satellite reste lent et cher sur une bonne partie du Pacifique, malgré les progrès des constellations en orbite basse. Prévenez vos proches : les appels vidéo quotidiens relèvent souvent du fantasme entre Tahiti et Valparaiso.

Reste la question du bagage. Quatre mois avec des escales tropicales, des soirées de gala et des matinées fraîches en Atlantique nord, cela demande une organisation réelle. Deux valises restent la norme, avec un rangement de cabine qui tient sur un placard et deux tiroirs. Les vêtements de gala se louent parfois à bord, ce qui évite d'embarquer un smoking pour six dîners.

Faut-il se lancer

Un avis, puisqu'il faut en donner un. Pour un premier long voyage en solitaire, quatre mois est trop. Beaucoup de passagers qui embarquent sans expérience du format décrochent au bout de six semaines, quand la routine de bord s'installe et que les escales se ressemblent. Un segment de 35 à 45 jours coûte trois fois moins cher, s'annule plus facilement et répond à la même question : est-ce que ce format me convient ?

Pour ceux qui savent déjà que oui, l'affaire est différente, et le calcul du supplément single devient la seule vraie variable. C'est par là qu'il faut commencer pour trouver une croisière du tour du monde pour célibataire qui tienne dans un budget réel.

Quant aux autres formats de voyage en solo, ils ne manquent pas : un road trip d'été, une croisière en voilier préparée soi-même, ou l'une des destinations habituellement retenues pour un voyage de noces, qui se visitent très bien à une personne. Et pour ceux qui hésitent encore, sachez que le meilleur souvenir rapporté d'un tour du monde n'est presque jamais un monument : c'est un repas. Parfois même quelque chose d'aussi simple que la meilleure pizza du monde, mangée à quai un soir d'escale. Reste à savoir comment attirer l'attention de celui ou celle qui partagera la table.

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